STANCES.
439
Archevêques, abbés, empourprés cardinaux ,Princes, rois, fermiers généraux ;Chacun avec le temps devient tristement sage :
Tous nos plaisirs n’ont qu’un moment.Hélas ! quel est le cours et le.but de la vie ?
Des fadaises, et le néant.
O Jupiter, tu fis en nous créantUne froide plaisanterie !
AU ROI DE PRUSSE,
Sur un buste en porcelaine, fait à Berlin, représentant l’auteur, et en-voyé par sa majesté, en janvier 1775
Épictète au bord du tombeauA reçu ce présent des mains de Marc-Aurèle.
Il a dit : « Mon sort est trop beau : 1
J’aurai vécu pour lui ; je lui mourrai fidèle.
« Nous avons cultivé tous deux les mêmes artsEt la même philosophie;
Moi sujet, lui monarque et favori de Mars,
Et tous les deux parfois objets d’un peu d’envie.
« 11 rendit plus d’un roi de ses exploits jaloux ;
Moi, je fus harcelé des gredins du Parnasse.
11 eut des ennemis, il les dissipa tous ;
Et la troupe des miens dans la fange coasse.
« Les cagots m’ont persécuté ;
Les cagots à ses pieds frémissaient en silence.
Lui sur le trône assis, moi dans l’obscurité ,
Nous prêchâmes la tolérance.
« Nous adorions tous deux le Dieu de l’univers ;
Car il en est un, quoi qu’on dise :
' Ce buste était, en 1822, chez la marquise deVillctte. ( Beuchol .)