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I'OÊSIES MÊLÉES.
IMPROMPTU
A MADEMOISELLE DE CHAROLOIS ,
PEINTE EN HABIT DE CORDELIER.
Frère Ange de Charolois,
Dis-nous par quelle aventureLe cordon de saint FrançoisSert à Vénus de ceinture ?
A M. LOUIS RACINE.
1722 .
Cher Racine, j’ai lu dans tes vers didactiquesDe ton Jansénius les leçons fanatiques.
Quelquefois je t’admire , et ne te crois en rien.
Si ton style me plaît, ton Dieu n’est pas le mien :
Tu m’en fais un tyran ; je veux qu’il soit un père ;
Ton hommage est forcé, mon culte est volontaire;Mieux que toi de son sang je reconnais le prix :
Tu le sers en esclave, et je l’adore en fils.
Crois-moi, n’affecte plus une inutile audace :
Il faut comprendre Dieu pour comprendre sa grâce.Soumettons nos esprits, présentons-lui nos cœurs,
Et soyons des chrétiens, et non pas des docteurs.
IMPROMPTU
A MADAME LA DUCHESSE DE LUXEMBOURG,Qui devait souper avec M. le duc de Richelieu.
Un dindon tout à l’ail, un seigneur tout à l’ambre,
A souper vous sont destinés :
On doit, quand Richelieu paraît dans une chambre,Bien défendre son cœur, et bien boucher son nez.