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Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
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ET IMITATIONS.

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midons. Certes, sils étaient morts, nous nous attristerions. Pleures-tu pour les Grecs, parce quon les tue vers leurs vaisseaux creux, àcause de leur injustice ? Parle, ne me cache rien ; nous ne sommesque nous deux. »

Tu soupiras alors profondément, ô Patrocle, bon écuyer ! tu luidis : « o Achille, fds de Pélée, le plus vaillant des Grecs! une dou-leur cruelle oppresse les Grecs ; car tous ceux qui étaient les plusforts sont couchés dans leurs vaisseaux, blessés de loin et de près.Le fort Diomède, fils de Tydée, a été blessé de loin ; et Ulysse , fa-meux par sa lance, a été blessé de près ; et Eurypyle lest à la cuissePar une (lèche. Les médecins sont occupés à leur préparer des médica-ments et à guérir leurs blessures.

» Mais vous êtes inexorable, ô Achille ! Dieu me préserve de res-sentir jamais une colère comme la vôtre ! Vous êtes fort pour le mal.Qui secourrez-vous donc dorénavant, si vous navez pas pitié desGrecs, et si vous les abandonnez à leur ruine ? Non, Pélée, le domp-teur de chevaux, nétait point votre père, ni Thétis votre mère ;mais les flots bleus de la mer et les rochers escarpés vous ont engen-dré ; car votre âme est cruelle.

« Mais si vous craignez quelques prédictions, et si votre vénérablemère vous a dit quelque chose de la part de Jupiter, prêtez-moi dumoins au plus vite les troupes de vos Myrmidons : je pourrai servirde lumière et de secours aux Grecs. Mettez aussi vos armes sur mesépaules, afin que je marme. Peut-être en méprenant pour vous, àcause de la ressemblance, les Troyens renonceront à la bataille, etles enfants de la Grèce respireront devant Mars. Ils sont accablés ac-tuellement : ils reprendront haleine ; nous repousserons facilementles ennemis (atigués ; nous leur ferons regagner la ville loin de nosnavires et de nos tentes. »

Cest ainsi quil parla en suppliant, et cétait avec beaucoup dim-prudence ; car il demandait une mort fatale. Achille au pied léger luirépondit avec de profonds soupirs : « Hélas ! illustre Patrocle, quemas-tu dit? je ne crains point les prédictions. Ma respectable mèrene men a jamais fait de la part de Jupiter : mais une douleur cruelleoccupe mon âme. Un homme dont je suis légal ma voulu priver demon partage , parce quil est plus puissant que moi ; il ma ravi lePrix que javais gagné : cette injure tourmente mon esprit.

11 Celte fille que les Grecs mavaient donnée pour ma récompense,et que javais méritée avec ma lance en renversant une ville très-