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Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
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TRADUCTIONS

Et ton nom préparant un triomphe facile,

Les Troyens sont vaincus sils pensent voir Achille. »

Cest ainsi quil parlait : ainsi, par sa vertu,

Il ébranle un courroux de pitié combattu ;

Il lassiège, il le presse. Ah ! malheureux, arrête ;

Ilélas ! tu ne vois point ce que le ciel tapprête :

Ta vertu te trompait ; tu courais au trépas.

Achille cependant ne le rebutait pas ;

Mais dans sa bonté même éclatait sa colère.

« Je méprise, dit-il, cette erreur populaireQui croit que lavenir au prêtre est révélé,

Et quil nous faut mourir lorsque Delphe a parlé.

Je ne moccupe point dune chimère vaine ;

Jécoute mon dépit, je me livre à ma haine ;

Elle est juste , il suffit. Je nai point pardonnéA cet indigne roi par mes mains couronné,

A cet Atride ingrat, au rival que jabhorre,

Qui môta Briséis, et la retient encore,

Qui devant tous les Grecs osa mhumilier :

Non, jamais tant daffronts ne pourront soublier.

« Mais enfin jai prescrit un terme à ma vengeance ;Jai promis, si jamais, poursuivis sans défense,

Les Argiens tremblants aux bords du XimoïsFuyaient jusquaux vaisseaux par nous-mêmes conduits,Qualors de ces vaincus jaurais pitié peut-être ;

Que je pourrais souffrir quon secourût leur maître,Quon le couvrît de honte en conservant ses jours.

Ce temps est arrivé ; va, marche à son secours.

Je vois dAgamemnon la fuite avilissante ;

DHector qui le poursuit jentends la voix tonnante.

Il tappelle à la gloire, arme-toi contre lui ;

Et si le ciel vengeur te seconde aujourdhui,

Nabuse point surtout du bonheur quil tenvoie ;

Ne tente point les dieux, ne va point jusquà Troie :