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TRADUCTIONS
Et ton nom préparant un triomphe facile,
Les Troyens sont vaincus s’ils pensent voir Achille. »
C’est ainsi qu’il parlait : ainsi, par sa vertu,
Il ébranle un courroux de pitié combattu ;
Il l’assiège, il le presse. Ah ! malheureux, arrête ;
Ilélas ! tu ne vois point ce que le ciel t’apprête :
Ta vertu te trompait ; tu courais au trépas.
Achille cependant ne le rebutait pas ;
Mais dans sa bonté même éclatait sa colère.
« Je méprise, dit-il, cette erreur populaireQui croit que l’avenir au prêtre est révélé,
Et qu’il nous faut mourir lorsque Delphe a parlé.
Je ne m’occupe point d’une chimère vaine ;
J’écoute mon dépit, je me livre à ma haine ;
Elle est juste , il suffit. Je n’ai point pardonnéA cet indigne roi par mes mains couronné,
A cet Atride ingrat, au rival que j’abhorre,
Qui m’ôta Briséis, et la retient encore,
Qui devant tous les Grecs osa m’humilier :
Non, jamais tant d’affronts ne pourront s’oublier.
« Mais enfin j’ai prescrit un terme à ma vengeance ;J’ai promis, si jamais, poursuivis sans défense,
Les Argiens tremblants aux bords du XimoïsFuyaient jusqu’aux vaisseaux par nous-mêmes conduits,Qu’alors de ces vaincus j’aurais pitié peut-être ;
Que je pourrais souffrir qu’on secourût leur maître,Qu’on le couvrît de honte en conservant ses jours.
Ce temps est arrivé ; va, marche à son secours.
Je vois d’Agamemnon la fuite avilissante ;
D’Hector qui le poursuit j’entends la voix tonnante.
Il t’appelle à la gloire, arme-toi contre lui ;
Et si le ciel vengeur te seconde aujourd’hui,
N’abuse point surtout du bonheur qu’il t’envoie ;
Ne tente point les dieux, ne va point jusqu’à Troie :