ET IMITATIONS.
483
Modère ta valeur; c’est assez d’écarterCet Hector insolent qui nous ose insulter ;
C’est assez d’arracher aux flammes, au pillage,
Nos vaisseaux exposés sur cet affreux rivage.
Puissent ces fils de Tros, et ces Grecs odieux ,
Ces communs ennemis, en horreur à mes yeux,S’égorger l’un par l’autre, et tomber nos victimes !Que leur sang détestable efface enfin leurs crimes !Qu’il ne reste que nous pour détruire à jamaisLes lieux qu’ils ont souillés d’opprobre et de forfaits ! »Tandis que , d’une voix si terrible et si fière,
Achille à sa pitié mêlait tant de colère ,
Ajax versait son sang. Ce fils de Télamon,
Défenseur de la Grèce et terreur d’Ilion,
Combattait une armée, Hector, et les dieux mêmes.
Sa force défaillit ; ses périls sont extrêmes :
L’immense bouclier dont le poids le défendVa bientôt échapper à son bras languissant.
O Muse! apprenez-moi ; Muse üère et sensible,
Qui gardez de nos maux la mémoire terrible,
Dites aux nations quel mortel ou quel dieu ,
Lançant avec la mort et le fer et le feu,
Sur les vaisseaux des Grecs apporta l’incendie.
C’est le fils de Priam ; c’est cette main hardieQui, d’un glaive tranchant, fit tomber en éclatsLa lance dont Ajax armait encor son bras :
Apollon dirigeait un coup si redoutable.
Ajax périra-t-il sous le dieu qui l’accable?
11 a trop reconnu qu’il ne peut résisterA ce dieu qui s’obstine à le persécuter ;
Il pâlit, il succombe, il cède, il se retire.
Les Troyensacharnés, que son absence attire,Lancent sur les vaisseaux des brandons allumés.Quelles voiles, quels bois, sont déjà consumés?