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TRADUCTIONS
Dans les champs de la mort au combat animées :Non que le mal d’autrui soit un plaisir si doux ;
Mais son danger nous plaît quand il est loin de nous.Heureux qui, retiré dans le temple des sages,
Voit en paix sous ses pieds se former les orages,
Qui contemple de loin les mortels insensés,
De leur joug volontaire esclaves empressés,
Inquiets, incertains du chemin qu’il faut suivre,Sans penser, sans agir, ignorant l’art de vivre,
Dans l’agitation consumant leurs beaux jours,Poursuivant la fortune, et rampant dans les cours !
O vanité de l’homme ! ô faiblesse ! ô misère !
Le hasard incertain de tout alors dispose.
L’animal est sans germe, et l’effet est sans cause.On verra les humains sortir du fond des mers,
Les troupeaux bondissants tomber du haut des airs,Les poissons dans les bois naissant sur la verdure ;Tout pourra se produire : il n’est plus de nature.
Si Ton voyait du moins un terme à son malheur,
On soutiendrait sa peine, on combattrait Terreur;
On pourrait supporter le fardeau de la vie :
Mais d’un plus grand supplice elle est, dit-on, suivieAprès de tristes jours on craint l’éternité.
Ils conjurent ces dieux qu’ont forgés nos caprices ;Ils fatiguent Pluton de leurs vains sacrifices ;
Le sang d’un bélier noir coule sous leurs couteaux :Plus ils sont malheureux, et plus ils sont dévots.
Sa raison parle en vain, sa crainte le dévore,Comme si n’étant plus il pouvait être encore.