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Complément du dictionnaire [...].
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XVII
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PREFACE.

lexicographes pressés. On peut pardonner à Cotgrave del’avoir employée une fois.

Du reste, Cotgrave ne doit pas être jugé d’après unseul exemple; des méprises pareilles sont beaucoup plusrares dans son travail que dans les deux ouvrages modernesdont je viens de parler. Un dictionnaire est peut-êtrele livre qu’il est le moins facile de faire connaître par descitations. Pour en faire une appréciation complète, il fau-drait compter les bons articles, les médiocres et lesmauvais, et comparer les totaux avec ceux que fournis-sent les autres ouvrages du même ordre. Dans l’impossi-bilité de faire un pareil calcul, on mesure, on toise enquelque sorte le lexique. Nous dirons donc que le volumede Cotgrave est presque double de celui de Nicot:, et quece qu’il contient de nouveau est souvent ce qu’il a demeilleur. Il offre, pour l’archéologie, des documents ex-trêmement curieux. L’article Ardit, par exemple, asliard, a sort of small coin, confirme ce que nous avonsindiqué tout à l’heure concernant l’origine du mot liard,formé de li ars ou U ardil, parce que le cuivre s’est ap-pelé au moyen âge, et peut-être d’après les alchimistes,argentum arsum ou ustum, argent brûlé. Cette étymo-logie est désormais incontestable, et doit remplacer lasolution attribuée à Ménage, mais due plutôt à Guy Allardet à Chorier, lesquels prétendent qu’en i 43 o, un nomméGuigues Liard, de Crémieu, en Dauphiné, inventa lamonnaie ainsi nommée. Cette opinion a malheureusementété adoptée par M. Ampère dans son ingénieux ouvragesur XHistoire de la formation de la langue française 1 ;mais nous ne.doutons pas que l’autorité de Cotgrave nel’engage à rétablir le fait.

Ce que l’on peut remarquer encore dans Cotgrave, c’estle progrès que font dans l’alphabet français les lettres étran-gères, ou du moins les lettres qui en avaient été bannies versla fin du moyen âge. Le R n’exisfte pas dans Nicot; ici iltient déjà près d’une page : il n’en a pas plus dans l’Acadé-mie (i 835 ); mais notre Complément lui en consacre onze.Je n’ose pas dire que ce soit une amélioration véritable;néanmoins, c’est toujours un mouvement qu’il importede constater.

Nicot, Oudin, Cotgrave, puis quelques recueils dontnous n’avons point parlé, parce qu’ils tiennent plus auxdétails des origines de la langue qu’à son état en généralau r6 e et au 17 e siècle, à savoir: les Recherches de Pas-quier (vers 1 56 o), les Antiquités gauloises, de Borel; lesOrigines françaises, de Caseneuve (1 65 a), le Dictionnaireétymologique, de Ménage ( 168a), voilà les matériaux dontl’Académie pouvait disposer pour son travail, qui paruten 1694. Je ne parle pas de Richelet, qui avait publié sondictionnaire quelques années auparavant ( 1680), parcequ’il est démontré que la majeure partie de l’œuvre acadé-mique était terminée lors de la publication du lexique deRichelet: celui-ci ne prit d’importance que parsa 2 e "édition(Lyon, 1728), édition qui fut portée d’un volume in- 4 °à 3

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tomes in-f°, et pour laquelle l’édition de l’Académie de 1694et celle de 1718 furent mises largement à contribution.

Jusque-là, les auteurs de dictionnaires avaient cher-ché à saisir la langue dans son universalité , et en y com-prenant tous les idiomes spéciaux que j’ai tenté de carac-tériser dans la première partie de cet écrit. La tendanceencyclopédique se trouve, en effet, chez l’homme qui com-mence à s’instruire et qui prétend tout embrasser, commechez celui qui sait beaucoup et qui cherche à classer, àrésumer cet amas confus de connaissances. Dans l’étatintermédiaire, les bons esprits voient qu’il importe de di-viser le travail. L’Académie comprit la première qu’ilfallait s’occuper d’abord de la langue usuelle et litté-raire, qui pouvait se séparer bien nettement de toutes lesautres.

Fixer une pareille langue est une des œuvres les plusdifficiles et les plus essentielles de la civilisation. Le lexi-cographe, qui prétend la saisir à travers la rapidité desconversations, se plaint d’y trouver quelque chose de fu-gitif, qui se dérobe à ses efforts; le sourire du modèles’efface, avant que le peintre l’ait fixé sur sa toile; le chantde l’oiseau se tait, au moment même où l’oreille essaie dele retenir :

Et quæ pars vocum non aureis incidit ipsas,

Præterlata périt, frustra diffusa per auras '.

Si c’est dans les livres, dans les chefs-d’œuvre de»l’artd’écrire, que le laborieux compilateur va chercher lalangue nationale, envisagée sous son aspect le plus nobleet le plus durable, d’autres difficultés l’arrêteront. Toutlire, tout extraire, tout comparer; peser toutes les auto-rités, compter tous les suffrages, apprécier toutes lescritiques; ne rien oublier de ce qui appartient au livre,à l’écrivain et à son public tâche immense et tout à faitau-dessus des forces d’un seul homme! tâche qu’une so-ciété savante autant que lettrée, perpétuellement vivanteet incessamment rajeunie, a pu seule accomplir par lesefforts de plusieurs générations d’hommes doués de lapatience du génie.

L’Académie a tracé, dès la fin du in e siècle, le tableaude cette langue moyenne et générale de la société fran-çaise; elle a perfectionné son travail en 174° et en 176a;elle vient enfin d’y donner la dernière main il y a peud’années. Une préface éloquente et ingénieuse a été pla-cée en tête de l’édition de 1 835 par celui de tous noscontemporains qui était le plus capable de faire digne-ment ce travail. Après cette préface, qui est un livre, jen’ai plus à tracer ici l’histoire de l’œuvre académique nià en essayer l’appréciation 2 .

■ Lucret. de Rer. nat. , IV.

» On pourrait seulement ajouter deux faits de détail que l'éloquent écrivain n’apoint jugés dignes d’attention, à cause de la hauteur d’où il envisageait son sujet,mais qui, dans un écrit d’une moindre portée, peuvent trouver leur place. Dansl’édition de 1718, on s’aperçoit que l’Académie, en déclassant ses matériauxpour passer de l’ordre étymologique au répertoire abécédaire , a rompu souventle fil logique qui enchaînait visiblement les définitions des mots de la mêmefamille lorsque ces définitions étaient rapprochées les unes des autres : ce défaut

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