CHAPITRE V. 293
aimait la guerre sans avoir le talent ni l’art dela diriger avec succès. Son esprit était juste etsage; l’amour de l’ordre, la connaissance deshommes et des affaires le rendaient propre auxtravaux de l’administration; bien fait et aimable,il inspira de véritables passions; il connaissaitl’amitié et toutes les affections douces; unebienveillance universelle répandait sur sa figureune expression touchante qui lui gagnait tousles cœurs. Sensible, magnanime, confiant, ilmanquait de fermeté, de prévoyance et de fi-nesse. Dans un siècle où l’on ne faisait consisterla politique que dans le mensonge et la ruse, ilétait également incapable de manquer à la bonnefoi et de soupçonner celle des autres; mais cebeau trait de son caractère, qui l’a fait estimerde la postérité, le rendit la dupe et le jouet ticses contemporains.
En montant sur le trône, il demanda aupape Alexandre VI, et obtint de lui, d’ètredivorcé de Jeanne de France, fille de Louis XI.La crainte avait formé cette union; la politiquel’avait fait supporter au duc d’Orléans pendantvingt ans; l’amour la rompit. Louis XII aimaitdepuis long-temps Anne de Bretagne. La mal-heureuse Jeanne méritait un meilleur sort : dis-graciée par la nature , mais intéressante par