Band 
Tome quatrième.
Seite
233
JPEG-Download
 

CHAPITRE XXII.

233

craindre de profaner par des ornements ia sain-teté de ses sujets; il est plutôt pressant que tou-; chant, et il semble oublier que la vertu est un

■ art et non une science, et que la religion a des| intelligences secrètes et puissantes avec l’imagi-j nation et la sensibilité. Il était réservé à Massillon,

de saisir toute l’étendue de l’art, d’ébranler à lafois toutes les fibres de l’esprit et du cœur pourfaire triompher la vérité. Jamais homme n’a jeté; la sonde dans le cœur humain d’une main plus

■ sûre et plus délicate, avec plus d’habileté et plusj de cette bonté touchante qui rassure sur Tusage| qu’il fera de ses découvertes. Ses admirables! discours sont une lutte continuejle de l’orateur

avec les passions ; il les atteint sous toutes lesformes qu’elles empruntent; il les saisit, les ar-rête, les oblige à raisonner avec lui, les serrede près, démêle leurs artifices, et les contraint àsigner elles-mêmes l’arrêt de leur condamnation;d’autres se contentent de prouver qu’il ne fautpas vivre sous l’empire des passions; il fait mieux,il vous en dégoûte et vous les ôte. Majestueuxet clair, quand il établit le dogme; doux, tendre,entraînant, quand il peint les charmes de lavertu; véhément, impétueux, terrible, quand ilfoudroie les passions, il est le Racine de l’élo-quence. Comme lui il a tous les tons; comme lui

mort en

1742.