CHAPITRE XXIII. ag3
«l'imagination qui dérange tout, et sans eettechaleur de lame qui fait qu’on s’oublie soi-même pour les intérêts des autres, elle étaitfaite pour observer tout avec justesse, pour at-tendre les événements avec patience, pourdissimuler et feindre avec un égal succès, etpour tirer des fautes des autres tout le partipossible; sa froideur même la servait admirable-ment, et son égoïsme, calculant toutes ses dé-marches , devait la faire triompher de madamede Montespan qui s’abandonnait à toutes lesimpressions, et la conduire à la fortune. Elleavait eu le temps de bien étudier le caractèrede Louis XIV et celui de ses entours ; elle con-naissait le roi à fond ; elle le voyait fatigué dejouissances, refroidi par l’âge et par l’abus desplaisirs, lassé des caprices et des inégalités desa maîtresse, ouvert aux regrets, quelquefoisvoisins du remords, et sentant le besoin d’unerelation intime qui occupât son esprit et soncoeur, et où il pût aller déposer ses chagrinset surtout ses ennuis. Ce fut sur cette connais-sance approfondie du caractère de Louis XIVqu’elle régla toutes ses démarches, et la veuvede Scarron devint l’épouse secrète du plus puis-sant et du plus lier des souverains de l’Europe.Sage par tempérament, bonne par réflexion,