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permettre. Elle paraissait à la vérité les repousserde son sein ; mais par la plus barbare inconsé-quence, elle voulait dans le fait les y retenir, etleur rendre la fuite impossible. Il était défendu,sous peine de mort, à tout autre qu’aux minis-tres de la religion, de sortir du royaume. Lesfrontières étaient gardées sévèrement; on exa-minait les voyageurs avec la plus grande rigueur;les troupes réparties sur tous les points formaientun mur en apparence impénétrable, et Louvoisse flattait d’avoir enveloppé toutes ses victimesdans un filet d’airain. La liberté fut plus active,plus ingénieuse, plus énergique à rompre toutesles barrières qui fermaient la France, que ledespotisme à les multiplier et à les surveiller.Le grand intérêt du salut, joint à l'intérêt de lasûreté, donna du courage aux plus faibles, ins-pira des artifices aux plus simples, de l’audaceaux plus timides, et fit braver la faim, la soif,l’intempérie des saisons, les dangers de la mer,la pauvreté, les séparations les plus doulou-reuses, aux malades, aux vieillards, aux femmeset aux enfants. Plus de cinquante mille familless’expatrièrent; plus de deux cent mille fugitifsde tout ordre, de tout rang et de tout état, allè-rent porter dans les pays étrangers, leurs forces,leurs talents, leur industrie, les débris de leurfortune et leur haine contre Louis XIV.