CHAPITRE XXVI. /j65
de Saint-James et celle de Saint-Germain. Ce-pendant, malgré ses défauts, il était fait pourun grand théâtre; les circonstances le lui offri-rent , et il sut en profiter. La mort de Guillaumefut plutôt un bien qu’un mal pour l’Europe;Marlborough avait en partie ses grandes quali-tés , et il en avait d’autres que Guillaume n’avaitjamais eues, ou que l’âge et les maladies luiavaient fait perdre.
Ce fut un bonheur pour lui de trouver dansle prince Eugène de Savoie la même ambition,les mêmes intérêts, autant de crédit sur l’espritde Léopold, qu’il en avait lui-même sur la reineAnne, et surtout un esprit capable de le com-prendre, et des talents au niveau des siens. Eu-gène était fait pour être le rival de Marlbo-rough, et il fut son ami; ces deux esprits su-périeurs travaillèrent de concert, et, pour lapremière fois peut-être, deux hommes de gé-nie , comtemporains et concurrents l’un del’autre, ne connurent pas la jalousie. Eugèneétait né capitaine comme Marlborough ; ce-pendant le mérite de l’un portait plus l’em-preinte du calcul, de la réflexion, du travail ;celui de l’autre tenait plus des inspirations d’unheureux naturel : mais Eugène avait l’ame plusélevée, le caractère plus généreux et plus noble4 3o