AVANT-PROPOS
•l'ai entrepris une tâcho difficile, il m’a fallu vingt ans pourl'exécuter. Peut-être même n’ai-je que médiocrement réussi,quoique le sujet fût de lui-même inspirateur. Si le succès n’a pasrépondu à mes espérances, il ne faut en accuser que ma faiblesse.
J’ai entrepris de présenter, sur les fortifications et sur la guerre,une suite de tableaux statistiques qui rappellent toutes les actionsmilitaires auxquelles les ouvrages défensifs ont concouru pendantles 24 campagnes de la révolution française, en les classant parcatégories selon la nature de leurs divers services, de manière aformer des totaux dans chaque espèce, ou des sommes comparati-ves pour chacun de ces services, en distinguant les succès et lesrevers. L’on conçoit, par exemple, que sur le nombre de batailleslivrées sous l’appui des fortifications, la somme de celles gagnéescomparée à la somme de celles perdues puisse éclairer sur lesavantages que cette armure auxiliaire a pu procurer aux troupesqui y ont eu recours; l’on conçoit encore que d’autres totaux,répondant à d’autres genres d’emploi des places-fortes, donnent,d’une manière analogue, de nouveaux termes de comparaisontels qu’il puisse en découler des lois, des rapports et même desprincipes.
Je n’ai pu, je l’avoue, me défendre d’une secrète émotion, Iors-qu’après un travail considérable, j’ai reconnu l’heureux accord desvérités militaires, ainsi analytiquement déduites, avec les principesmis en pratique par les plus grands hommes de guerre de tous lestemps, Annibal, César, Gustave, Napoléon, etc., et je n’ai pu re-pousser une sorte de satisfaction en reconnaissant que de simpleschiffres pouvaient rendre raison de leur conduite. Ces générauxavaient-ils donc , par leur seul génie, deviné toutes les vérités mi-litaires, ou étaient-elles, chez eux, comme une sorte d’intuition ,don de la nature ?