iV'lVlVnV
— 6 —
J'ai (lit que nia lâche était difficile , parce que je m'expose à biendes froissements de la part d’intérêts puissants qui pourraient secroire mis en cause. Peut-être aussi que j’affronte bien des préjugésprofondément enracinés : je pourrais même dire que, véritableDecius, je me suis dévoué ; et toutefois, je ne me suis pas rendu
les dieux favorables ; bien au contraire. Mais fais ce que dois ,
advienne que pourra.
Eu outre, pour mener à une bonne fin une entreprise hérisséede tant d’obstacles, il aurait fallu disposer d’un conducteur habile;il aurait fallu , veux-je dire , pouvoir puiser dans les archives desministères, tandis que je n’ai eu pour guides que des documentsépars dans une foule de publications militaires. Heureusement quej’ai pu reconnaître que le nombre même de ces ouvrages imprimésétait utile à mon projet, parce que leurs auteurs, ayant puisé dansdes relations variées et écrites sous des influences diverses, se rec-tifiaient les uns par les autres, et que les différences de leurs chiffresse compensaient, ou étaient sans puissance notable sur des totauxcomprenant une longue suite d’années et des millions d’hommes.
J’ai été encouragé dans mon travail par une simple phrase deNapoléon. Ce grand homme émettait sur tous les sujets des apho-rismes pleins de sens et d’avenir. Voici cette phrase : « La statisti-« que, cette science si propre à mettre sur la voie do la vérité et« asseoir le jugement, les décisions.... Le budget des choses (t). »J’ai donc fait un budget intitulé : Essais sur de nouvelles Consi-dérations Militaires , faisant suite à un autre ouvrage publié en1824 (2), budget en partie double, indiquant les triomphes et lesrevers, les succès et les défaites éprouvés sous l’auxiliaire deslieux fortifiés par l’art. Je ne dirai pas toutes les peines et les tra-verses que j’ai éprouvées, ni les injustices que l’on m’a prodi-guées. Je ne dénombrerai pas les ouvrages qu’il a fallu extraire,les souvenirs qu’il a fallu évoquer ; mais je me regarderai commesuffisamment récompensé si je puis être utile h mon pays.
Le mémoire qui va suivre est achevé depuis plusieurs années ;mais bien qu’il ne soit qu’un ouvrage théorique et historique,sans application à aucune localité particulière quelconque, la per-mission hiérarchique était nécessaire pour entreprendre sa publi-cation , et probablement elle m’eût été refusée. Aujourd’hui quemes contradicteurs m’ont, d’eux-mêmes, replacé dans le droitcommun, les susceptibilités ont moins de puissance.
Mais que l’on ne s’abuse pas , ces difficultés ne peuvent qu’arrê-
fi) Mémorial de Sainte-Hélène, volume x, page 101 , edit. in- 18 . — f83o.
(2) Essais sur les principes de la guerre appliqués à la fortification, chezAnselin,ruc Dauphine, i 82 i.
111