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dans une statistique puissante. Eh bien ! c’est cette sta-titisqne que nous allons essayer de décrire en ce qui con-cerne les places fortes. Quitte à ce que la doctrine enproscrive la lecture à ses fils.
Pour terminer ce chapitre nous ferons encore une cita-tion qui indique une partie des résultats forcés de l’abusdes places fortes. Cette question étant au moins aussiphilosophique que militaire, il appartenait à un savantaussi profond que Montesquieu (1) d’en saisir le côté vrai :» D’abord, dit-il, les Romains n’avaient point de places.. fortes. Ils mettaient toute leur confiance dans leurs« armées, qu’ils plaçaient le long des fleuves où ils éle-<• vaient des tours pour loger les soldats » ; postes d’aver-tissement.
« Mais lorsqu’on n’eut plus que de mauvaises armées,« que souvent même l’on n’en eut point du tout, la fron-« tière ne défendant point l’intérieur, il fallut le fortifier;« et alors on eut plus de places fortes et moins de force« réelle, plus de retraites et moins de sûreté. La campa-« gne n’étant plus habitable qu’autour des forteresses,« on en bâtit de toutes parts. Il en était comme de la« France du temps des Normands et des Anglais, qui n’a« jamais été si faible que lorsque tous les villages étaient
entourés de murs : ainsi toutes ces listes de noms de« forts que Justinien fit bâtir, dont Procope couvre des.* pages entières, ne sont que des monuments de la fai-« blesse de l’empire. »
Eh bien ! c’est une France ainsi ameublie que la doc-trine prétend nous rendre. Est-ce qu’elle voudrait faireadmettre que cette noble Gaule n’est plus fertile en héros?qu’il en est de ses armées comme de celles de Valenti-nien, d’Honorius ou d’Arcadius? et qu’alors il ne lui reste
(1) Grandeur el décadence des Romains, chapitre xx.