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fortifiés? Au premier aperçu on pourrait penser quec’est une ressource naturelle qui entre dans les impul-sions primordiales de l’iustinct humain ; après le premiermouvement, s’il n’inspire la fuite , jeter un obstaclematériel entre soi et son ennemi est une des premièresimpressions que l’on perçoive ; quand agir, manœuvrer,au contraire , exigent une combinaison , un calcul, de laréflexion. C’est une idée complexe qui ne se présentequ’en second ordre.
Napoléon a dit que l’homme ne cherche, tout d’abord,qu’à parer au premier danger , sans s’inquiéter si lemoyen qu’il emploie doit être suivi de conséquences quiaggravent la situation et reculent la difficulté , en l’aug-mentant et en la rendant inévitable ; ainsi l’homme pré-cipité dans un fleuve chercherait à regagner la rive, dût-on lui offrir un fer rouge pour appui.
L’homme et l’obstacle, c’est (A-f B). Il additionne laforce de cet obstacle à la sienne propre ; mais l’hommeet les manœuvres , c’est (A+B), il multiplie au lieu d’ad-ditionner ; en sorte que les deux situations sont dans cemême rapport ; or , la différence est immense entre cesdeux résultats , puisque, selon Napoléon , la force s’ex-prime par la masse multipliant la vitesse.
L’homme qui se couvre de la cuirasse et du bouclierne voit, d’abord, que l’addition de force que lui procureson armure : c’est là l’idée qui le frappe ; mais bientôt ilen sentie poids, et, comme les anciens chevaliers, préci-pité à terre, il ne peut plus se relever ; celui qui reste li-bre de ses mouvements comprend bientôt aussi sesavantages ; il se multiplie ; eh bien ! l’erreur des fortifi-comanes vient de ce qu’ils n’ont point voulu distinguerune addition d’une multiplication : qu’on nous pardonneune telle proposition, il ne s’agit ici que d’une faute con-