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Ce que nous avons déjà dit plusieurs fois s’observeégalement en 1814 ; jamais aucune armée ne marcha plusvite que celle des alliés. Ils passèrent le Rhin le 1 er jan-vier , et le 23 , Blücher était au delà de Saint-Dizier, c’est-à-dire qu’eu 23 jours ils avaient parcouru un espace deplus de 80 lieues, marchant et combattant chaque jour aumilieu de l’hiver, faisant des ponts après avoir débouchéd’une base immense, depuis Cologne jusqu’à Genève,sans avoir aucuns magasins préparés sur 20 têtes de co-lonnes toutes concentriques, se tenant toujours à mêmehauteur sur des bases nouvelles et successives parallèles àla première (1).
Cette armée de garnisons, ajoute-t-on, était composéede malades ou d’infirmes. Il y a là quelque chose de vraiet de faux. Les garnisons contractèrent des maladies dansles places mêmes, parce que l’imprévoyance ordinaire
( 1 ) C’est un esprit d’erreur malheureux que de mépriser les forces de ses en-nemis et de vouloir se cacher à soi-même la haute sagesse de ses combinaisons,parce qu’alors on ne s'évertue pas assez à s’y opposer, et par son génie et par sesmoyens matériels. L’on ne doit donc pas se dissimuler la profondeur incontesta-ble du système de l’invasion de 1814, supérieure, sans contredit, par la mé-thode, à celle de 1815. Si l’on pique sur une carte de France toutes les position*des armées alliées, l’on reconnaîtra que tous les huit ou dix jours elles firent untemps d’arrêt sur des positions très-bien choisies, de manière à se reformer enlignes concentriques à la base primitive étendue de Genève jusqu’à Anvers. Lesecond cercle passait par Bruxelles, Namur, Veuloo, et bordait la Meuse; letroisième cercle s’étendait vers Châlons, Reims, Troyes, Bar-sur-Àube, etc., ensorte qu’à la hauteur de Saint-Dizier le quatrième cercle n’avait pas trente lieuesde développement. Toute l’invasion se portait dans un grand segment de cercle,dont la base était sur le Rhin, le centre à Paris, et dont les alliés occupaientquatre rayons; en sorte qae tous les huit ou dix jours leurs armées s’étendaientsur des cercles successifs parallèles à celui de la base primitive. Cette marcheconcentrique, sur quatre ou cinq rayons, formait une disposition absolumentanalogue au système des parallèles de l’attaque des places de Vauban, ainsi quenous l’avons déjà remarqué dans un essai de 1824. Cette invasion fut essentielle-ment méthodique. Arrivée au quatrième cercle si rétréci, il n’était pius tempsd’espérer de disjoindre ces corps ennemis. Le dernier cercle était devenu troppetit, et les ennemis trop compactes; c’était quand l’une des parallèles étaitencore fort étendue, que l’on eût pu espérer la rompre et pénétrer dans soncentre en la séparant, ou dans quelques-unes de scs autres parties.