DE LA PÉNINSULE. a 7
l’arbitre des différents qui existaient dans la fa-mille royale : l’Espagne et l’Europe n’oublierontpas de si tôt les résultats de cette médiation.
père, de l’intérêt que je lui ai toujours porte. Elle me permettradans la circonstance actuelle de lui parler avec franchise et loyauté.En arrivant à Madrid, j’espérais porter mon illustre ami à quel-ques réformes nécessaires dans ses états, et à donner quelque satis-faction à l’opinion publique. Le renvoi du prince de la Paix ne meparaissait point nécessaire pour son bonheur et celui de ses peu-ples. Les affaires du Nord ont retardé mon voyage. Les évènementsd’Aranjuez ont eu lieu. Je ne suis point juge de ce qui s’est passéet de la conduite du prince de la Paix ; mais ce que je sais bien,c’est qu’il est dangereux pour les rois d’accoutumer les peuples àrépandre du sang et à se faire justice eux-mêmes. Je prie Dieuque votre altesse royale n’en fasse pas elle-même un jour l’expé-rience. Il n’est pas de l’intérêt de l’Espagne de faire du mal à un princequi a épousé une princesse du sang royal, et qui a si long-tempsrégi le royaume. Il n’a plus d’amis ; votre altesse royale n’en auraplus jamais si elle est malheureuse. Les peuples se vengent volon-tiers des hommages qu’ils nous rendent. Comment d’ailleurs pour-rait-on faire le procès au prince de la Paix sans le faire à lareine et au roi votre père? ce procès alimentera les haines et lespassions factieuses ; le résultat en sera funeste pour votre cou-ronne : votre altesse royale n’y a de droits que ceux que lui atransmis sa mère. Si le procès la déshonore, votre altesse royaledéchire par-là ses droits. Qu’elle ferme l’oreille à des conseils fai-bles ou perfides ; elle n’a pas le droit de juger le prince de la Paix ;ses crimes, si on lui en reproche, se perdent dans les droits dutrône. J’ai souvent manifesté le désir que le prince de la Paix fûtéloigné des affaires; l’amitié du roi Charles m’a porté plus souventà me taire et à détourner les yeux des faiblesses de son attache-ment. Misérables hommes que nous sommes 1 faiblesse et erreur,c’est là notre devise ! Mais tout peut se concilier; que le prince dela Paix soit exilé d’Espagne, et je lui offre un refuge en France.Quant à l’abdication de Charles IV, elle a eu lieu dans un mo-