DE LA PÉNINSULE. . 9 5
sait pas un tableau plus flatteur de notre situa-tion. La plus profonde obscurité régnait à Madridsur les forces de l’ennemi et sur ses positions, etlord Bentinck pensait que nous n’étions pasmieux informés. Il savait seulement que l’arméefrançaise avait reçu de nombreux renforts etquelle s’avancait rapidement; mais il ignoraitcomplètement où elle était et quels seraient sesmouvements ultérieurs. Enfin il était tellementdécouragé par la nonchalance des autorités es-pagnoles qu’il considérait la partie comme per-due. Il concevait bien que nos colonnes pour-raient effectuer leur réunion à Salamanque, celalui était presque démontré par les rapports qu’ilavait récemment reçus ; mais en même temps ilne lui paraissait pas impossible que l’ennemi par-vînt à jeter dans cette ville un corps de troupesconsidérable, attendu qu’il n’y avait aucune ar-mée espagnole pour s’y opposer.
Ces communications étaient loin d’être satis-faisantes, sur-tout pour moi qui connaissais sibien le caractère ombrageux de notre général.Sir John Moore était un excellent homme, maisbeaucoup trop prudent ; sa circonspection, enl’empêchant de donner à ses talents militairestout l’essor dont ils étaient susceptibles, nuisaità la cause qu’il avait embrassée. En se mettanten route il avait pris la détermination formelle