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CHAPITRE I.
d’environ i5o pieds au-devant de la façade du temple, et da-peu-près le double sur sescôtés. Cette plate-forme était dallée avec des blocs de pierre de 6 pieds de longueur sur l\ piedsde largeur et i pied d’épaisseur; elle se terminait à ses deux extrémités par des constructionsd’ordre corinthien.
La sainteté de l’édifice principal était protégée par une double enceinte de murs ; unede ces enceintes s’élevait au-dedans de l’autre; on arrivait au premier de ces murs par lespropylées dont nous venons de parler.
Les murs d’enceinte du péribole intérieur , dont on peut encore, à quelques intervallesprès, suivre la trace dans la plus grande partie de leur étendue, occupaient quatre côtésd’un pentagone irrégulier. L’entrée était par une porte d’une architecture singulière, quis’élevait à un des angles du péribole, et dont la face principale était tournée vers le nord.Entre cette porte et l’extrémité de l’enceinte, l’escarpement du rocher, que l’on avait laissédans son état naturel, rendait inutile l’emploi de toute autre barrière.
Le mystère répandu sur les cérémonies d’Éleusis empêcha toute description des édificesoù elles étaient célébrées. Pausanias prétend avoir été détourné par une vision qu’il avait euependant son sommeil, de révéler aucune particularité concernant l’Eleusinium d’Athènes ; ilajoute que la même apparition surnaturelle lui défendait de noter aucun des objets ren-fermés dans les murs sacrés du temple d’Éleusis (,) . La description qu’il donne des édificesen dehors de l’enceinte de ce lieu saint, se renferme dans ce court passage : « Les Eleusiniensont chez eux le temple de Triptolème 1 (2) , celui de Diane Propylée et celui de Neptune, sur-nommé le Père; ils vous montrent le puits Callichorus.... On vous montre aussi l’aire à battrele blé, qui porte le nom de Triptolème , et l’autel qui lui était consacré. »
La foule qu’attirait le désir detre initié dans les mystères, contribua tellement à enrichirce lieu favorisé de Cérès, qu’Éleusis commença à entrer en concurrence avec Athènes pourl’étendue et la splendeur. Les Athéniens, jaloux de la prospérité croissante de cette ville, laréduisirent au rang d’un de leurs dèmes ou bourgs.
Le village actuel s’élève sur l’emplacement des constructions sacrées, et en grande partieen dedans des anciennes limites de leur enceinte. Il se compose d’à-peu-près soixante et dixchaumières, habitées par un petit nombre de familles albanaises.
Si nous comparons l’état de destruction presque entière des édifices d’Éleusis avec l’étatde conservation presque intact où se trouvaient encore, long-temps après l’invasion desGoths , les monuments de l’acropole d’Athènes , nous sommes portés à croire qu’il peut yavoir quelque fond de vérité dans l’histoire de Zozime, quand il rapporte « qu’Alaric, aprèsle passage des Thermopyles, s’était hâté de marcher sur Athènes , dans l’espoir d’une con-quête facile ; mais qu’en arrivant près de la ville, il avait vu sur les murailles Minerve elle-même dans une attitude menaçante, et Achille s’avançant au-devant de lui, comme pour lui endisputer l'approche ; qu’épouvanté par cette apparition, le vainqueur avait accordé une capitula-tion en vertu de laquelle la ville avait été garantie de tout outrage.» Cérès ne paraît pas s’êtreinterposée entre le vainqueur et les Éleusiniens voués à son culte; la destruction des monu-ments d’Éleusis fut complète. Cette ville a dû même être placée sous l’influence de circonstancesaggravantes; car le bouleversement total de ces immenses édifices ne peut avoir eu lieu quepar les moyens les plus violents, inspirés par la vengeance ou par tout autre puissant motif.
Pausanias (3) a donné une description de tous les objets qu’il a vus sur la route d’Athènes à Éleusis , suivant qu’ils lui ont paru dignes de remarque ; mais ce qu’il en dit est très-concis,