ÉLEUSIS.
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et il a cru nécessaire d’avoir recours à une excuse pour s’être abstenu d’un détail plus étendusur les monuments intéressants qu’il rencontrait à chaque pas. Les tombeaux, les statues etles temples étaient en si grand nombre, que le guide Polémon , ainsi qu’il est établi par lelexique d’Harpocration , avait composé tout un ouvrage sur le lepà d&oç, le chemin sacre ’, seul.
Cette route célèbre commençait près des lepal IUXat, ou portes sacrées d’Athènes . On enreconnaît encore les restes dans une église moderne, qui se trouve éloignée d’environ troiscents yards de la porte actuelle; de celle-ci un chemin conduit au Pyrée. Un embranchementsur la droite passe près des ruines d’un tombeau actuellement dépouillé de son revêtementen marbre, et qui ne laisse plus voir que la maçonnerie brute. Ce chemin se dirige versl’emplacement de l’ancienne académie.
Peu de pas au-delà de la porte sacrée, sur la route actuelle d’Éleusis , on remarque à gaucheun sol inégal et rocailleux, où des fouilles récentes ont fait découvrir des tombeaux. Mais leterrain d’alentour étant couvert de cultures, toutes les traces du chemin sacré ont disparu,et on n’en trouve aucune avant d’avoir passé, à un mille environ de la porte, sur un pontjeté par-dessus le lit d’un petit torrent. Ici plusieurs grandes pierres qui ont conservé, àquelques lacunes près, leur disposition originaire en ligne droite, indiquent l’ancienne route.De l’autre côté, non loin du lit du Cephissus, quelques ruines éparses autour d’une cha-pelle moderne désignent l’emplacement d’un édifice antique. Un morceau d’entablementdorique, sur la façade de la chapelle, porte une inscription sépulcrale.
Quoique, dans les mois d’été, le Cephissus disparaisse presque entièrement à l’endroit où lechemin sacré traverse son lit, il coule néanmoins avec rapidité le long de la route d’Athènes àThèbes . On profite de ses eaux pour arroser une grande étendue de jardins et le bois d’oli-viers qui occupe aujourd’hui l’emplacement des allées couvertes de l’académie. L’eau estdirigée par des rigoles sur les racines de chacun des arbres, autour duquel la terre est creuséeen forme de bassin, pour recevoir l’irrigation et la retenir. La source de cette rivière est situéeentre le village Cephissie et le mont Pentélique : c’est une fontaine d’eau pure et qui ne taritjamais ; elle coule avec une vitesse remarquable d’une citerne ou réservoir carré, et son volumes’accroît d’un courant assez abondant qui jaillit près d’un large platane situé dans le village.
lie bois d’olivier se termine à la chapelle de Saint-Blasios, éloignée d’environ quatorzefurlongs de la porte sacrée; il occupe, dans sa largeur de l’est à l’ouest, plus des deuxtiers de cette distance, et sa longueur du nord au sud est de plusieurs milles. Ces olivierssont d’une grosseur considérable; leurs troncs, qui se fendent en plusieurs parties en vieil-lissant, ont souvent une circonférence de vingt pieds. L’olivier croît lentement et résistepeut-être plus que tout autre bois au dépérissement. Il a fallu des siècles avant que ces arbresvénérables eussent atteint leur grosseur actuelle ; de sorte qu’ils peuvent être regardés, sinoncomme remontant à l’origine des plantations de l’ancienne académie, au moins comme enétant des rejetons immédiats.
En avançant vers Éleusis , on voit encore plusieurs blocs de pierre, et, dans différentsendroits, la terrasse ou le mur qui soutenait le chemin. Plusieurs monticules, dispersés çàet là, paraissent avoir été des tombeaux. On sait que les anciens en élevaient le long desroutes et dans toute leur étendue ; ceux-ci paraissent avoir occupé le milieu du chemin. Aonze furlongs environ au-delà de l’église de Saint-Blasios, on voit sur une colline, à la droitede la route, les restes d’un petit mur d’enceinte sacrée qui entourait un tombeau ; ce tom-beau était taillé dans le roc, et l’ouverture en était fermée par un couvercle en marbre,comme on couvrait ordinairement les sarcophages (2) .
(2) M. Fauvel, consul français à Athènes , a récem-ment ouvert ce tombeau; en brisant le couvercle de
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