DISCOURS
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défendu par de vrais savans, amis de l’ordre social ; et qu'il le futprécisément au temps où de fortes convulsions populaires faisoientdésirer que l'autorité monarchique sût éteindre l’esprit de révolte,affermir le trône, et rétablir parfaitement le calme dans la société?
Les plus célèbres des apologistes du Livre du Prince furent, en1608, Albéric Gentil (1) ; en 1640 , Gaspard Scioppius, dont lesjésuites ont aussi dit beaucoup de mal (2); et, en 1660, le Cor-ringio (o). Or, la terrible conspiration des poudres, en Angle-terre, venoit d’y mettre en péril le trop confiant fils de l'infortu-»née Marie Stuart (4); les proiestans d’Autriche , en liaison avecceux de Hongrie, se révoltoient contre le roi Matthias ; Sigismondvenoit d'être dépouillé de la couronne de Suède par Charles deSudermanie ; et le trop clément Henri IV, pardonnant encore àde grands conspirateurs, laissoit enhardir la main, qui, deux ansaprès, alloit le poignarder, quand Albéric Gentil crut devoir faire,pour le salut des Monarques et la paix de l'hurone, son Apologiedu Prince de Machiavel. Richelieu venoit d'enlever aux calvinistesleur dernier boulevard (la Rochelle ), et d'empêcher l’Angleterre
(1) Professeur de droit à Londres : dans son Traité De Legationibus .
(3) Voyez son Machiavellicorum operœ pretium , dont A postoie Zeno , quiI'avoit lu en manuscrit, fit un si grand éloge dans ses annotations aux Oeuvresde Foutanim , tom. i, pag. 207. Le cardinal Bellarmin, vengeant cet auteurde la haine des Jésuites , louoit dans lui Pentium scripturarum sacrarum , zelui$com ersionis hœrctîcorum , libcrtatcm in Thuano ( de Thou : Histoire ) repre -hcndendo , sapieniiam in rege Anglicano exagitando , etc. etc.
( 3 j Dans la préface de la traduction latine du Livre du Prince .
( 4 ) Ce monarque, qui régnoit en Ecosse avant de venir régner à Londres,étant accueilli dans cette ville par des acclamations extraordinaires , un bonEcossais , qui en étoit témoin . ne put s’empêcher de s’écrier avec inquié-tude : « Eh ! juste ciel ! ces imbécilles vont gâter notre bon Roi. » Ce qui lu*rendoit la lecture de Machiavel plus nécessaire , étoit l’extrême bonté de soncaractère. Homme d’ailleurs fort instruit sur des matières étrangères à l’artde gouverner , et fécond en aimables réparties, il se laissoit gouverner sanségard pour le mérite ni pour la vérité. »