l6| MACHIAVEL.
Néanmoins le prince quise fait craindre doit agir demanière que s’il ne se faitpas aimer en même temps,il évite d’être haï (i); car onpeut fort bien être craint sansêtre odieux : il l’éprouveratoujours s’il s’abstient deprendre le bien de ses sujetset de ses soldats, comme en-core d’enlever leurs femmes,ou d’en abuser ( 2 ).
Quand il lui faudra verserle sang de quelqu'un, il nedevra jamais le faire sansqu’il y ait pour cela une jus-tification convenable, et uncrime évident ^5). Mais alorsil doit, pardessus tout, ne pass’emparer des biens de la vic-time(4); parceque les hommesoublient plutôt la mort d’unpère que la perte de leurpatrimoine (5). S’il avait dupenchant à enlever le biend’autrui , les occasions nelui en manqueraient jamais :celui qui commence à vivrede rapines trouve toujoursdes prétextes pour s’emparerde la propiiété des autres ( 6 ) ;
B UO N AP À RTE.
( 1 ) Cela est trop gênant.
R.I.
(s) C’est aussi trop restrein-dre les prérogatives des princes.
R. I.
(3) On en fabrique, lorsqu’iln’y en a point de réel. J’ai pourmes coups d’état, des hommesplus savants queGabrielNaudé.
R.C.
(4) C’est le seul tour perfideque m’ait joué sa charte. E.
(5) Observation profondequi m’avait échappé. E.
( 6 ) Cette facilité de trouverdes prétextes est un des avanta-ges de ma puissance. R. C.