256 MACHIAVEL,à leur opposer (i). D'aprèscela, ils pourraient juger qu’ilest inutilede se fatiguer beau-coup en de telles occasions,et qu’il convient alors de selaisser gouverner par le sort(a). Cette opinion s’est plusaccréditée de notre temps , àcause des grands changementsqui, hors de toute conjecturehumaine , se sont vus et sevoient chaque jour ( 2 ). J’aimoi-même, en y réfléchissantde temps à autre, penché enquelque partie vers cette opi-nion. Cependant, notre librearbitre n’étant point anéanti,je jugequ’il peut être vrai quela Fortune soit l’arbitre de lamoitié de nos actions, maisaussi qu’il est certain qu’ellenous en laisse gouverner l'au-tre, ou du moins tou jours quel-
BCONAPARTE.
(1) Système des paresseux,ou des faibles. Avec du génieet de l’activité , l’on maîtrise laplus adverse Fortune. E.
(2) En avait - il vu un plusgrand nombre et de plus grandsque ceux que j’ai fait naître,et que je peux produire encore?
E.
( 3 ) Saint - Augustin n’a pas (mieux raisonné sur le libre ar- ■
ques parties (3). Je la com- bitre. Le mien a dompté l’Eu-pare à un fleuve désastreux rope et la Nature. R. I.
(a) Tacite en donne un bel exemple , en parlant de Claude ,que la Fortune destinait à l’empire, pendant que les Romains pen- fsaient à tout autre qu’à lui : Mihi quanta plura recentium , s eu ve~lerum revolvo , tanto magis ludibria rerum mortalium cunctisin negotüs adversanlur , quippe famâ , spe , veneratione potinsomnes destinabantur imperio , quant quem futurum Pri/itipemFartuna in occulto tenebat ( Ann. 3 ).