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alors à lui servir de guide : le Frince le fait monter en croupesur son cheval, et pendant le trajet l’excite, avec beaucoup defamiliarité , à lui raconter franchement ce qu’on disait de Barnabô ;et le paysan s’explique sans crainte. Sa franchise plaît infinimentau Frince. Bientôt il se plaint d’avoir pris froid à cheval , et ditqu’il veut marcher. Barnabe) le laisse mettre pied à terre; et ra-lentit le pas de sa monture pour suivre son conducteur , qu’ilengage à ne pas forcer le sien. Il continuait sa familière conver-sation avec lui, quand ils aperçurent au loin des gens qui venaientavec des torches allumées. « Ho , ho, dit le paysan , ils vont sansdoute chercher le seigneur Bamabô, qui , par amour de la chasse ,s’égare souvent dans la forêt «. Ces gens approchent, reconnaissent leFrince , se prosternent , et le bûcheron en est saisi d’étonnement etde crainte. Barnabô le rassure, et veut qu’il l’accompagne jusqu’auchâteau de Marignano. On y arrive ; il ordonne que ce paysan,dont les vêtements n’étaient qne des haillons , soit conduit dans laplus belle salle du château , qu’on y allume un grand feu pour leréchauffer , et qu’ensuite on le fasse souper avec lui, à sa propretable , où personne ne mangeait ordinairement.
Pendant le souper , Barnabô , ayant en face ce bûcheron, lui par-lait avec la même cordialité que dans la forêt. Apres le repas, il lefit conduire pour se coucher dans une chambre magnifique , où ily avait un lit excellent et somptueux , que le rustre n’osait aborder.Enfin il y dormit voluptueusement. Le lendemain, à son lever,il reçoit l’invitation de se rendre auprès du Frince qui veut le voir ;et le Prince s’empresse de lui demander comment il a passé la nuit.« Comme en paradis , répond le bûcheron ; mais je voudrais m’enaller ». « J’y consens, répond Barnabô; mais auparavant il faut queje le donne la récompense que je t’ai promise » ; et il lui fait comp-ter la somme convenue. Celui-ci l’ayant reçue , se hâtait de par-tir pour aller en faire part à sa femme et à ses enfants; « Encoreun moment , lui dit le Prince : avant de me quitter , je veux que tume demandes une grâce ». — Eh ! bien , répliqua le paysan enhardipar tant de bonté , je tous prie de me faire rendre la petite métai-rie que le châtelain de Lodi m’a euleve'e. — Tu l’auras; et à l’ins-