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§ IX.
La Fortune aveugle l’esprit des hommes, quand
elle ne veut pas qu’ils s’opposent à ses desseins.
( Chap. 29 du Liv. 1 1 ).
Si l’on considère bien comment vont les choseshumaines, l’on reconnaîtra que souvent il survientdes accidents contre lesquelles Cieux n’ont du toutpoint voulu que les hommes pussent se prémunir (1).Puisque cela est arrivé à Rome, où il y avait tantde valeur, tant de piété, et un ordre si parfait ; iln’est pas surprenant qu’on le voie arriver fréquem-ment dans telle ville , telle province, où l’on n’a pasles mêmes avantages. Et parce que Rome est très-remarquable dans la preuve qu’elle nous offre de lapuissance du Ciel sur les choses humaines, c’est dansl’histoire de cette ville que Tite-live a largement dé-montré cette vérité, par des faits et des raisonnements.Il en termine l’exposition par ces mots : « C’est ainsique la Fortune aveugle les esprits, lorsqu’elle ne veutpas qu’on réprime sa force , jalouse de l'emporter »:Ade 'o obcœcat animos Fortuna , cum vim suarn in -gruentem refringi non vult.
Rien n’étant plus vrai que cette conclusion : leshommes dont la vie se compose de grandes adversités,ou d’une prospérité constante, ne méritent ni blâme
(1) Cette raison-là peut expliquer et justifier mes revers. E.