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Les villes qui s’administrent sous le nom de Ré-publique , changent fréquemment de gouvernement;et cela n’arrive point par l’effet de la liberté dont ony jouit, ou de la servitude qu’on y éprouve, commebeaucoup de gens le croient, mais par celui d’uneservitude accompagnée de licence. Là, sont tou-jours des partis opposés , savoir le parti des richesqui sont des ministres d’esclavage , et le parti desmeneurs du peuple qui sont des ministres de licence.Tous proclament hautement le nom de liberté , tan-dis qu’aucun d’eux ne voudrait être soumis, ni auxlois , ni aux hommes.
Ce qu’il y a de plus indomptable dans un état ré-publicain , c’est le pouvoir exécutif qui dispose desforces de la nation. On devrait ne le confier qu’auxgrands ; mais comment les choisir sans risque de setromper? Comment s’assurer que ce pouvoir ne secorrompra pas lui-même? Nous voilà donc réduitsà nous confier plus dans les hommes que dans leslois: ce que je ne voudrais point. Les hommes sont àpeu près tous méchants ; et l’ancre du bien publicest toute entière dans la bonté des lois , laquelle con-siste à faire que ce soit plus par nécessité que parvolonté que les hommes s’abstiennent de mal faire.Mais comment arriver à ce milieu inaccessible ? Ilfaudrait faire à-la-fois deux choses qui paraissent in-compatibles , c’est-à-dire limiter le pouvoir à tel pointque celui qui en est le dépositaire, ne pût pas enabuser ; et d’autre part, l’empêcher, de s’étendre, sans