Buch 
Les fontaines de Paris : anciennes et nouvelles / par Amaury Duval
Entstehung
Seite
120
JPEG-Download
 

120

FONTAINE SAINT-MARTIN,plus accrédités penchent pour laffirmative, dans la question qui sest élevée àce sujet. Daprès une ancienne tradition, ce serait dans cette place même queSaint-Martin aurait guéri un lépreux, en lui donnant un baiser. Le monastèreétait remarquable par ses tours et ses remparts crénelés, qui lui donnaientlaspect dun château - fort.

Une portion du terrain qui dépendait de ce couvent a servi long-temps dechamp - clos, cest-à-dire de lice se donnaient les combats judiciaires.Les champ-clos entourés, comme on sait, de barrières et déchaffauds pour leroi, les juges du camp, les dames et le peuple, étaient ordinairement préparésaux dépens de laccusateur ; et les frais de construction en étaient assez consi-dérables. Les religieux de Saint-Martin imaginèrent de laisser subsister celuiqui était dans leur terrain, et ils le louaient aux parties. Par ce moyen ils aug-mentaient les revenus de leur couvent, en servant les plaisirs publics ; car, ilfaut bien le dire, ces combats étaient alors le spectacle de la nation, et unspectacle pompeux. Tout le monde connaît les lois qui régissaient ces sortesde solemnités ; honteux monuments de lancienne et longue barbarie de nospères.

Ce fut dans le champ-clos de Saint-Martin queut lieu le célèbre duel judi-ciaire de Carrouge et de Le Gris. Celui-ci était accusé par la femme de Car-rouge de lavoir violée. Le Gris nia le fait par serment ; il prouva mêmeY alibi ; et quoiquil nexistât aucun témoignage contre lui, on eut recours à lajustice de Dieu . Le combat fut ordonné. Carrouge reçut dabord une blessure ;mais son adversaire ayant fait un faux pas, et étant tombé, il se jeta sur lui,et, après avoir voulu vainement lobliger à confesser son crime, il le tua sur-le-champ. Se tournant ensuite du côté du roi, il lui demanda sil avait faitson devoir, et il lui fut répondu quil avait bien fait. Le Gris paya de sonhonneur et de son sang, dit un historien, le crime dun malheureux qui fut,quelque temps après, arrêté pour dautres délits, et qui savoua coupable duforfait.

I*

1