IO HISTOIRE UE NAPOLEON BONAPARTE.
ne m’imposait, rien ne me déconcertait. Jetaisquerelleur, lutin : je ne craignais personne, je bat-tais l’un, j’égratignais l’autre, je-me rendais redou-table à tous. Mon frère Joseph était celui à quij’avais le plus souvent affaire; il était battu, mordu,grondé; j’avais déjà porté plainte qu’il ne s’était pasencore remis. Bien m’en prenait d’ëtre alerte: ma-man Letizia eût réprimé mon humeur belliqueuse;elle n’eût pas souffert mes algarades. Sa tendresseétait sévère; elle punissait, récompensait indistinc-tement; le bien, le mal, elle nous comptait tout.Mon père, homme éclairé, mais trop ami des plai-sirs pour s’occuper de notre enfance, cherchaitquelquefois à excuser nos fautes. « Laissez, lui di-te sait-elle; ce n’est pas votre affaire, c’est moi qui« dois veiller sur eux. » Elle y veillait, en effet, avecune sollicitude qui n’a pas d’exemple. Les senti-ments bas, les affections peu généreuses étaientécartés,' flétris; elle ne laissait arriver à nos jeunesâmes que ce qui était grand, élevé. Elle abhorraitle mensonge, sévissait contre la désobéissance;ellene nous passait rien. Je me rappelle une mésaven-ture qui m’arriva à cet égard, et la peine qui mefut infligée. Nous avions des figuiers dans une vi-gne, nous les escaladions; nous pouvions faire unechute, éprouver des accidens, elle nous défenditd’en approcher à son insu. Cette défense me con-trariait beaucoup, mais elle était faite, je la respec-tais. Un jour cependant que j’étais désœuvré, en-nuyé, je m’avisai de convoiter les figues. Elles