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Exposé du mouvement commercial entre la Suisse et l'Autriche pendant les années 1840 et 1845 / par le Dr A. de Gonzenbach
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La prospérité de la Suisse parait encore plus surprenante à celui qui, venant de la France,arrive par Bâle dans le canton dArgovie, aussi distingué par son agriculture que par son activitéindustrielle, ou qui, passant par Genève et côtoyant les rives du lac Léman parsemées de riantespetites villes, traverse les luxuriants vignobles du canton de Vaud pour arriver dans le riche can-ton de Berne. rencontre-t-on des routes plus belles que dans les cantons de Vaud et de Berne?Dans quel pays le cultivateur est-il logé plus commodément et plus proprement que dans ce der-nier canton?

Les paysans généralement bien habillés que le voyageur rencontre, les chevaux bien nourrisdu cultivateur, les boeufs magnifiques qui traînent sa charrue, ainsi que le beau bétail qui paît surde gras pâturages, sont des preuves incontestables du bien-être du pays, bien-être qui jette desmilliers de reflets partout lon porte ses regards. Même le voyageur qui de la Lombardie, le

pays le plus riche peut-être de lEurope , se rend dans le canton du Tessin, saperçoit à peine que

le bien-être diminue , quoiquil ne rencontre plus autant de maisons seigneuriales que dans lepays qu'il vient de quitter, et dans tous les cas le passage du St. Gotthard ;lui inspire du respect

pour le peuple du petit canton dUri qui a eu assez de force et de courage pour entreprendre

une œuvre aussi grandiose, et qui a inspiré suffisamment de confiance à ses confédérés pour quilsmissent à sa disposition leurs forces pécuniaires.

Arrivé par le bateau à vapeur qui le fait glisser rapidement sur le lac des Quatre-Cantonsempreint dune sévère majesté , le voyageur ne blâmera pas les hommes de ce quils nont pasenlaidi par de nombreuses constructions les bords enchantés de ce lac, puisque les palais mêmesles plus beaux sont bien loin de sélever jusquà la majesté de la nature. Brunnen, et de cette lo-calité en plongeant les regards dans la vallée, Schwyz, Beckenried caché derrière ses vigoureuxnoyers, Stanz au milieu des plus belles praieries toujours vertes, et Alpnach qui est mollementassis dans un des coins les plus reculés du lac, prouvent au voyageur que le bien-être peut pros-pérer, sans faire beaucoup de bruit, sous lempire dune démocratie pure. Des plaines et deschamps fertiles ainsi que de beaux villages témoignent aussi dune manière non équivoque que laprospérité règne dans le canton de Lucerne.

Ces images enchanteresses ne seraient-elles quune déception et ny aurait-il que misère cachéesous cette belle enveloppe extérieure ? Non , assurément non 1 Plus on scrute jusque dans sesmoindres détails létat des choses en Suisse, plus on peut se convaincre quil y règne un bien-être généralement répandu. Il ny a pas un pays en Europe , pas même lAngleterre, qui soitsillonné comme la Suisse dun réseau de routes qui relie par des voies de communication faciles,non seulement chaque petit village, mais encore chaque ferme et chaque hameau (*).

(') Franscini (Nuova statistica, p. 266) compte pour la Suisse 3,600 kilomètres de routes cantonales, cequi fait environ un kilomètre de routes sur 10 kilomètres de superficie, ou 1 kilomètre de routes can-tonales sur 645 habitants. Outre ces routes il y a encore les nombreux chemins vicinaux qui, en