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l’époque de la réunion des Conseils généraux pour l’agriculture, l’industrie et le commerce dernière-ment assemblés a Paris. D’autres Etats, tels que les Pays-Bas, à force d’instances sont parvenus ou ilsparviendront, comme la Belgique, à faire conclure un traité de commerce, et cependant le marché de cesdeux Etats n’est pas de beaucoup aussi important pour la France que le marché de la Suisse, et n’estpas libre et ouvert comme ce dernier *).
Il existe deux motifs propres à donner du poids à nos demandes, c’est l’opinion qui com-mence à prendre faveur dans une partie de la Suisse, d’accéder à l’association des douanes allemandes,et. la possibilité de démontrer par des chiffres de quelle importance le marché suisse est pour la France,question sur la quelle tous les mémoires rédigés précédemment en Suisse ne présentaient que des con-jectures.
Une autre circonstance qui semblerait de nature à assurer du moins un accueil bienveillant auxreprésentations de la Suisse, c’est qu’à la tête de la Commission chargée de discuter la régularisation desrapports commerciaux de la France avec d’autres Etats, siège M r Rossi, Pair de France, qui connaîtparfaitement la Suisse et a des raisons de lui vouloir du bien.
En cas de non-réussite, il y aurait enfin une considération propre à bannir toute idée de regretd’avoir rappelé verbalement les espérances de la Suisse quant aux relations commerciales réciproques,c’est que la Suisse a, pour ainsi dire , l’obligation morale de ne pas se désister du système commercialqu’elle a suivi jusqu’à présent, avant d’avoir fait une dernière tentative en vue d’obtenir de son plusancien voisin et allié de justes égards pour ses intérêts commerciaux.
Recourra-t-on à de nouvelles mesures de rétorsion?
Nous devons protester énergiquement contre ce moyen. Des mesures de rétorsion par voie deconcordat sont pires que s’il n’y en avait pas du tout, puisqu’elles portent préjudice au consommateursuisse sans atteindre le producteur étranger, l’expérience en fait foi ; et vu l’absence de tout crédit del’autorité fédérale, la Suisse parviendrait encore moins qu’en 18 22 à prendre une décision fédérale à cetégard ou à s’accorder sur une convention unanime.
En adoptant des mesure dites de rétorsion, la Suisse se ferait du tort à elle même sans atteindrele but proposé.
Il ne reste dès lors guère d'autre parti à prendre que d’attendre du temps le retour à des prin-cipes plus raisonnables relativement au commerce réciproque. En attendant il peut certes surgir de grandsmaux, car malgré que tous les savants, qui dans les derniers temps ont traité de l’économie nationale,soient tombés d’accord que le commerce ne prospère que par le système de la plus grande liberté pos-sible , les législations des peuples , sous le nom de favoriser ce commerce et de contribuer à la prospériténationale, se sont développées dans une direction tout opposée.
Or le système, dit d’isolement, une fois adopté on ne peut que difficilement l’abandonner, attenduqu’un trop grand nombre d’intérêts se trouveraient momentanément compromis par le changement de
*) Il ne faut cependant pas donner une trop grande importance à ce fait, car le Royaume des Pays-Bas et la Belgiquepossédant l’un et l’autre un système de douanes ont pu offrir des concessions réciproques. La Suisse a spontanémentdéjà donné tout ce qu’on pourrait demander, savoir liberté entière de commerce . On ne possède d’ailleurs pas enSuisse la dose de patience necessaire pour mener une négociation à bonne fin.