Buch 
Exposé du mouvement commercial entre la Suisse et la France pendant l'année 1840 : suivi d'un coup d'oeil retrospectif sur les traités, lois et ordonnances concernant les rapports commerciaux entre la Suisse et la France depuis le quinzième siècle jusqu'à nos jours / par le Dr A. de Gonzenbach
Entstehung
Seite
135
JPEG-Download
 

137

étoffes elle excelle davantage, il nous semble que, non seulement les consommateurs, mais encore lesfabricants français y gagneraient. En général toutes les inquiétudes au sujet des conséquences quentraî-nerait la concurrence libre de lindustrie cotonnière suisse, nous paraissent presque ridicules,quand on peut se convaincre par les registres des douanes françaises que la somme des exporta-tions de Suisse par la France, en tissus de coton sest élevée en 1840 à 16,383,533 fr. tandis que laFrance a exporté en Suisse pour la valeur de 5,344,285 fr. de marchandises de coton de sa proprefabrication! La fabrication des cotonnades suisses na pas succombé devant la concurrence des tissus decoton français et devant celle encore bien plus forte des articles de coton anglais.

Il en est de même de la toile de lin dont la Suisse produit dailleurs une quantité si minimequil arrive fréquemment que les toiles de Silésie et de Souabe soient exportées par le commerce suissepour la France ou par la France.

A lappui de lassertion que l'industrie française nest menacée daucun péril par la concurrencede létranger, on pourrait encore alléguer que lindustrie française n'a pas eu à souffrir à lépoquele Piémont, la Belgique, la Hollande et une partie de lAllemagne étaient réunis à la France, etliberté entière de concurrence était ouverte à lindustrie de ces pays. Pourquoi ne pourrait - elle passubsister avec des droits protecteurs modérés?

Sil y a un exemple frappant quune industrie une fois solidement assise ne périt pas sous lerégime de la concurrence libre, cest celui que fournit lhistoire des filatures de coton en Suisse.

La filature du coton en Suisse date de la prohibition des fabrications anglaises proclamée par laFrance au commencement du siècle. On craignait généralement que cette branche ne fût anéantie aprèsla conclusion de la paix générale et par suite de la liberté dimportation des fils anglais qui en étaitune des clauses. Il nen fut pas ainsi; les filateurs de coton suisses se bornèrent dabord à la fabricationdes plus grossiers numéros ; mais ils se sont peu à peu emparés des genres plus fins, et cela en dépit de la con-currence incessante et entièrement libre des fils anglais, ensorte qu'aujourdhui lindustrie sest presque tota-lement émancipée de lAngleterre à cet égard ; et le grand avantage qui en est résulté cest que, ab-straction faite de la grande économie, (car la différence de la valeur du coton en laine comparativementau fil fi» est beaucoup plus grande que la différence de la valeur du fil comparativement à celle desétoffes de coton de tout genre, même des façonnées), la fabrication suisse sest placée au dessus des crisesindustrielles en Angleterre et ne dépend plus des prix des fils dans ce dernier pays.

Or si la libre concurrence, même pour une fabrication quon produit en quantité suffisante poursa propre consommation, nest pas nuisible, et si dès-lors les prohibitions ne sauraient être justifiéesen elles-mêmes pour les dits articles de lindustrie, on peut défendre bien moins encore les mesuresprotectrices pour dautres articles dont le pays a besoin et quil ne produit pas en quantité suffisante.