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Les forts droits d’entre'e prélevés sur les chevaux nous semblent aussi à peine conformes aux intérêts dela France qui ne peut se passer de chevaux étrangers pour les besoins de son armée. En 1841 il a étéacheté en Suisse pour plusieurs millions de francs de chevaux pour l’armée française ; et on comprendaisément qu’ils aient dû être payés, au moment du besoin, davantage que s’ils avaient été introduits an-térieurement peu à peu par le commerce libre ; ajoutez à cela que les acheteurs ne pouvaient se montrerbien difficiles dans leur choix. Sous l’ancienne monarchie française on payait 9 francs d’entrée parcheval.
Les tresses de paille, qui devraient être considérées comme une matière première, puisqu’elles sontseulement mises en œuvre en France et que celle-ci en a besoin , parcequ’elle ne produit pas la mêmeespèce de paille qui ne vient que dans les vallées humides , sont aussi imposées beaucoup trop haut.L’entrée en était entièrement libre avant la première révolution française.
La libre importation du fer suisse ne nous paraît enfin pouvoir porter grand préjudice aux pro-priétaires d’usines françaises, ne fût ce qu’en raison du minime produit des mines de la Suisse, et elle sejustifierait par la qualité supérieure du fer suisse. Sous l’Empire, le fer de Bellefontaine et d’Untervillierétait particulièrement employé pour les canons de fusil, et la garde impériale avait des armes exclusive-ment confectionnées de ce fer. Durant les cent jours, le Gouvernement bonifia à la fabrique d’armes deS‘ Etienne le montant des droits qu’elle avait eu à supporter pour l’introduction de ce fer : tellementl’administration française d’alors avait reconnu l’excellence de ce fer mou et nerveux en même temps.Cette prohibition ne saurait dès-lors non plus être justifiée.
Nous pensons avoir ainsi démontré que le système des droits de prohibition opposé à la Suisse, està peine conforme aux intérêts de la France, et il est à espérer qu’avec le temps, lorsque l’esprit de lucreactuellement dominant en France aura fait place au véritable esprit du commerce , ce système devra aussiêtre remplacé par celui de droits modérés. Nous n’ignorons pas, que des hommes d’Etat, dont les lumièresni les intentions ne sauraient être contestées, professent au sujet du système prohibitif des opinions autresque celles ci-dessus développées ; mais il est consolant pour nous de penser que tous les ministèresfrançais, tant sous l'Empire que pendant la restauration et depuis 1830, se sont montrés plus ou moinsdisposés à des concessions commerciales et ne sont entrés dans une voie opposée que lorsqu’ils y étaientforcés la plupart du temps par les Chambres,
On peut dès-lors attendre qu’aujourd’hui encore, nombre d’hommes influents en France, qui con-naissent les rapports commerciaux existants entre la Suisse et la France beaucoup mieux que nous n’avonspu en donner une idée dans ce travail, et qui pourraient avancer des arguments plus nombreux et pluspuissants en faveur de concessions commerciales plus larges, que ces hommes, disons nous, appuieront dansl’occasion les demandes de la Suisse ; et c’est précisément pour cela qu’il n’est pas tout-à-fait hors de