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droit, et pour une seule année, ce qui a été fait sur les mêmeslieux où il vit, pour une suite d’années, et pour tout unroyaume; il faut aussi avouer, il est vrai, que jamais pareilledemande n’a été faite. On n’ose former de tels vœux. Onest si accoutumé à souffrir et l’on connaît si bien l’e6prit peuliberal du dominateur, qu’on ne demande, ni ne désire ce quel’on sait ne pouvoir être accordé jamais.
Les mesures locales, ordonnées dans les tournées de Bona-parte, ne présentent pas de générosité ; quels sont les traits dejustice qu’elles offrent ? Une ville obtient la promesse d’êtreremboursée des sommes qu’elle a été forcée d’avancer pour laconstruction d’une prison, d’une maison servant de résidenceaux tribunaux, d’une caserne, bâtimens qui doivent être•élevés par l’é-at, ou par des autorités autres que celles de lacommune. Une autre ville reçoit l’assurance d’être liquidéepour des fonds absorbés par des fournitures, faites aux armées.Les habitans d’une ville frontière obtiennent la permission defaire entrer les vendanges, provenant de leurs propriétés au de-là de la frontière, et regardées jusqu’ici comme des vins étran-gers. Des fabrieans, chefs de filatures de coton, ayant de-mandé que les cotons filés de l’étranger ne soient pas admispar des bureaux de douanes désignés, reçoivent une décisionfavorable. A la demande d’autres chefs de fabriques l’intro-duction du fil de fer, nécessaire à la fabrication des aiguilles, etjusqu’ici non confectionné en France, est permise. Un dio-cèse demande que les droits d’entrée fixés dans le tarif pour lamorue, formant la principale nourriture des catholiques dansles temps des jeûnes, soient limités. Des chefs d’atteliers de-mandent des réglemens disciplinaires pour leurs ouvriers et desstatuts pour le temps de leur service, et pour tous les rapportsréciproques entre maître et compagnon. Des négocians de-mandent une distinction pour les droits d’entrée de la canelle,et de ceux de la Cassia lignea. Si ces sortes de demandes sontaccordées, on ne fait que terminer des injustices trop long-temps exercées. Le gouvernement ne fait que remplir desdevoirs négligés, il redresse des torts, rectifie des erreurs quin’auraient pas dû être commises, et s’essaye dans le métier del’administration, dont on lui indique les lacunes. Quelquesparticuliers qui gagnent directement aux décisions prises, endeviennent les panégyristes, les fonctionnaires font leur métierdans leurs discours et les actes publics, les gazetiers dansleurs articles. Il est facile de paraître juste, où tout est in-justice.