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Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en Russie; des mémoires sur les principes de la stratégie; de l'examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un mémoire sur l'artillerie / par N. Okouneff
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MÉMOIRES SUR

LES PRINCIPES

revenir à ces époques d’Annibal et d’Alexan- !dre, où ce qu’on nommait la science de laguerre, était effectivement sans règles et sansprincipes.

En effet, si, pour la stratégie, nous enétions restés à ces marches irrégulières, quienvahissaient autrefois le domaine de celtescience et caractérisaient les guerres des An-ciens, de ces marches, dis-je, où une absence,à peu près, complète de combinaisons, enavait fait plutôt un chaos de mouvements,nous pourrions certainement dire que la guerrene possède, ni règles ni principes. 11 est vraiqu’alors on s’avançait sur une seule direction,sans bases d’approvisionnements et d’opéra-tions, sans magasins, sans places de dépôts età peu près sans but bien désigné, on en venaitaux mains à la première rencontre, et la rai-son du plus fort était le seul et unique prin-cipe de l’art militaire de ces temps.

Celte assertion me paraît d’autant plus juste,qu’en approfondissant les plus laineuses guerresdes Anciens, nous découvririons plusieursidées mères qui ne seraient pas indignes denotre tactique moderne; mais nous en trouve-rions difficilement quelques-unes qui pussentservir de base à la stratégie actuelle.

Si cette science s’est présentée pendant silongtemps sous le masque désavantageux d’unevérité peu apparente, c’est parce qu’on ne s'é-tait pas donné la peine de classer ses éléments,de séparer le positif de l’incertain, et d’en ap-profondir les principes. Ceux à peu près inva-riables du système géographique se mêlaientaux dogmes imparfaits du mécanisme desgrandes opérations, et plongeaient le toutdans un chaos où les principes perdaient leurimportance, et la vérité sa force positive.

L’idée que la stratégie ne pouvait être ra-menée, dans aucun de ses éléments, à desprincipes stables, en a certainement retardélesdéveloppements. L’esprit se roidissait contreles difficultés qu’il devait combattre et qui luiparaissaient insurmontables. Que d’auteurs nese sont-ils pas élevés avec injustice contre cequ'ils appelaient une vanité arrogante, de vou-loir préciser une science, soumise à de si fré-quentes anomalies, et que de maux cette injustecolère n’a-t-elle pas produits? Ce n’était pas,du moins, le vrai moyen pour lui faire faire degrands et rapides progrès. S’il était peut-être

| pardonnable de douter de la stabilité de plu-sieurs des principes de la stratégie, il n’y avaitpas de raison d’en limiter les découvertes parun anathème aussi injuste que nuisible. Cher-cher la vérité scientifique est toujours unenoble curiosité, et s’il n’est donné qu’à unpetit nombre d’hommes de la découvrir toutentière, il n’est pas moins vrai que le bien seuldomine dans ces recherches intellectuelles.

Nous avons marché longtemps aussi dansles ténèbres; mais les militaires attentifs, loinde borner à une observation passive l’exercicede leur intelligence, en s’éclairant de l’expé-rience des siècles passés, parvinrent à sou-mettre une partie de cet art, naguère si vague,à des principes à peu près invariables; et cechaos environné d’écueils, autour duquel nousapercevons mille débris malheureux, tristesmonuments de l’ignorance des temps passés,devint le sanctuaire de la science où les élusvinrent cueillir leurs lauriers.

Aucune science n’aété,jusq ll ’à une certaineépoque, aussi peu méditée qud stratégie ; et,par un caprice aussi étonnant ff ue blâmable,les militaires ont cherché, p( )ul> ainsi dire, àen reculer les développements. La mine leurparaissait-elle trop pauvre pofiF (leVoif y userleurs forces? Un esprit stoïque et fécond parutun moment dans l’arène: Bulowiit paraître sonouvrage sur la stratégie. Au lieu de le seconder,de chercher à rectifier les écarts de son espritexpansif, ses services furent méconnus, sesidées injustement mystifiées, et ce flambeauqu’il venait d’allumer, cl dont la pâle lueurn’avait encore jeté qu’un jour incertain sur lechaos stratégique, s’éteignit aussitôt, et toutrentra dans l’ombre.

Pour donner un nouvel élan à la science, legénéral Jomini, et plus tard l’archiduc Charles,en surmontant tous les obstacles qui avaiententravé les développements des principes de lastratégie, recueillirent ces étincelles que lecaprice du siècle avait élouffees, et furent lespremiers, après Bulow, qui nous guidèrentdans cette voie ténébreuse et difficile. C'est àces deux savants que nous devons la révolutionsalutaire qui se fit plus tard dans la stratégie,et nous devons considérer leurs ouvragescomme des œuvres monumentdes, qui fixèrentsur beaucoup de points l'incertitude des ima-ginations , diminuèrent cette néliance qui avait