DE LA STRATÉGIE.
paru s’emparer des esprits, et qui érigèrent enpréceptes plusieurs points qui n’étaient encoreque de vagues indications ( 1 ).
Je ne m’étendrai pas plus longtemps surl’utilité positive dont leurs ouvrages furentpour la science de la guerre , chaque militaireattentif et studieux a pu en apprécier les effets.Si même, au moment où nous en parlons, lesprincipes de cette science n’ont pu être ramenéstous à des lois inviolables, je ne crois pas quele même esprit de variation en caractérisemaintenant tous les éléments. Plusieurs, aucontraire, arrachés au domaine de l’incerti-tude, reçurent une empreinte de spécialitéqu’on voudrait en vain leur ravir.
Le perfectionnement de la stratégie, commecelui de toutes les autres sciences, acheminéd’un pas lent et débile. C’est à cet esprit quicaractérise l’époque actuelle , où la propaga-tion des sciences est devenue, à peu près,une exigence indomptable que nous devonsla restauration salutaire qui s’y est faite. Elleest encore incomplète, parce que plusieursdogmes sont restés sans base solide ; mais lebon sens, qui rectifie souvent les erreurs et quinous guide aussi dans toutes les autres sciences,ne manque pas de nous rendre les mêmes ser-vices pour la stratégie, en atténuant les dan-gers qui peuvent provenir de l’anomalie deplusieurs de ses éléments.
La régularité et la stabilité d’une grandepartie des principes de la stratégie moderne,tels que les a constitués Napoléon dans ses im-mortelles campagnes, et que plusieurs grandscapitaines ont développés après lui, ne peuventnon-seulement se comparer à la faillibilité dela science de la guerre chez les Anciens, maispas même à celle qui a présidé aux combinai-sons stratégiques jusqu’au xvm e siècle. Depuis,tout a changé de face ; et plus tard , comme jeviens de le dire, plus encore, plusieurs prin-cipes de la stratégie reçurent un caractèred’inviolabilité que le militaire profond ne sau-
(]) La justice exige cependant d’observer que l’ou-vrage du général Jomini a paru dix ans avant celui del’archiduc Charles, ce qui donne au premier une pri-mauté non douteuse. Quoique plusieurs auteurs alle-mands lui aient contesté l’avantage d’avoir été le pre-mier à développer les vrais principes du nouveausystème et d’avoir, par conséquent, fondé une grandepartie de l'édifice scientifique, comme ces contestations
rait méconnaître. Les campagnes de Napoléon ,et surtout celles de 1796, 1805, 1806, 1809,1814 et 1815, en portent la sublime empreinte.
En méditant les vastes conceptions qui pré-sidèrent à la détermination et à l’exécution desopérations stratégiques de ces guerres, peut-onrefuserd’y reconnaître lespréceples de la sciencede la guerre? Les faits ne parlent-ils pas enfaveur des principes ; ces principes ne dénon-cent-ils pas l’existence d’un .système? Si nousy avons souvent aperçu des écarts, n’en accu-sons que l’homme et son imagination, dont lesprestiges, en l’éloignant quelquefois des règlesétablies, défigurent les caractères et laissentl’œuvre, comme cela arrive ordinairement, au-dessous de la vérité. Les terrains qui furent lestémoins de ces luttes sanglantes, ne possédantrien d’homogène dans leur construction phy-sique, les grandes opérations de ces campa-gnes, si différentes dans leurs modulations,paraissent, au premier abord, provenir deprincipes différents aussi. En les approfondis-sant, l’homme du métier ne tarde pas cependantà reconnaître le principe de ces variations, eten retrouve la cause dans celle de la configu-ration du terrain.
Il en est autrement de la tactique que de lastratégie. Si le caprice de l’Mconstante fortunepréside quelquefois aux résultats de la pre-mière, un concours régulier bien calculé demouvements, est le seul moyen d’obtenir degrands succès dans la seconde. Si la tactiqueest soumise à des hasards qui bouleversentquelquefois les combinaisons les mieux établies,la stratégie, dans plusieurs de ses éléments, estbasée sur un calcul à peu près invariable. Lesbases d’approvisionnements et d’opérations sontdésignées d’une manière immuable par les lo-calités, les trésors, et en général, par les avan-tages du pays qui sert de point de départ auxarmées et de théâtre à la guerre. L’objet prin-cipal des opérations est décidé par le but qu’onse propose d’atteindre. Les deux extrémités de
n’ont été appuyées par aucun raisonnement plausiblequi ait pu , en quelque sorte, faire douter des servicesque le général Jomini a vraiment rendus à fa science mi-litaire, elles ne peuvent et ne doivent être envisagéesque comme des attaques mal fondées et souvent malsoutenues, auxquelles s€s antagonistes se sont livrés par! jalousie ou par injustice.