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Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en Russie; des mémoires sur les principes de la stratégie; de l'examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un mémoire sur l'artillerie / par N. Okouneff
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MÉMOIRES SUR LES PRINCIPES

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être encore défendu pendant assez longtemps,s’il n’avait pas morcelé ses forces et mis, parce partage désavantageux, l’objet immédiat desopérations, l’armée, à la merci d’une défaitecertaine, et livré par là l’objet principal auxcoups de ses nombreux ennemis.

Les lignes directrice et decoopération étantcelles qui, dans l'offensive, en partant des ba-ses d’approvisionnement ou d’opérations, nousmènent vers l’objet que nous nous proposonsd’atteindre, tandis que, dans la défensive, ellesnous ramènent sur nos bases, doivent nécessai-rement être en rapport directe avec ces lignes<jui leur servent de point de départ. Elles ré-gleront le choix et désigneront celle qui sequalifiera le mieux par sa direction et les pro-priétés des sections de terrain qui l’avoisinent,pour servir de directrice aux opérations, ainsique celles que nous prendrons pour lignes decoopérations.

C’est dans le mémoire suivant que je parlerai•des ressources que la science nous offre pourrégulariser ces différents choix.

Avant de terminer ce mémoire, je crois de-voir parler encore d’une manœuvre qui arapportaux lignes d’opérations: mouvement épineux,il est vrai, mais qui peut avoir des résultatstrès-importants : c’est le changement de laligne directrice.

Il arrive quelquefois qu’une armée, restreinteà une stricte défensive, ne se trouvant plusen état de maintenir la ligne de jonction quitombe perpendiculairement sur les bases d’opé-rations ou d’approvisionnement, se voit forcéede prendre une direction latérale pour pouvoir,en se plaçant dans le flanc de ses adversaires,menacer leurs communications et paralyserleurs mouvements offensifs. C’est ce que nousappelons une défense indirecte. Napoléon, dansses Mémoires a dit, non sans raison, que c’étaitl’opération la plus épineuse de la stratégie ; jedirai plus : c’est qu’une opération pareille nepeut être exécutée que dans son propre pays,ou dans un pays allié, où le matériel et lessubsistances de l’armée sont à notre disposition,et leurs rassemblements ainsi que leurs direc-tions sont subordonnés à notre volonté. Laraison en est toute simple, c’est qu’en changeantde direction perpendiculaire et en entamant unmouvement latéral, on découvre et on aban-donne la base d'approvisionnement, qui peut

facilement tomber sous les coups des adver-saires, et qu’il est indispensable de s’en procu-rer une autre. Dans une contrée ennemie, oùon ne peut pas changer à volonté de base d’ap-provisionnement, changement qui devient lesine quâ non de celui de la ligne d’opérations,cette manœuvre peut devenir pernicieuse.

Dans son propre pays même, ou dans unpays allié, on n’est pas toujours en droit dechanger de ligne directrice, quand le désirnous en vient, car on irait souvent au-devantd’une perte certaine. En changeant de ligned’opération, comme on change aussi de based’approvisionnement, il est indispensable quece changement soit précédé par plusieurs con-ditions, sans lesquelles cette opération seraitau détriment de l’armée qui l’entreprend.

1. La section de terrain vers laquelle on sedirige, doit pouvoir offrir à l’armée défensiveles moyens de continuer les hostilités, et pos-séder tout ce qui est nécessaire pour établirune nouvelle base d’approvisionnement, où serassembleront les munitions de guerre et debouche ;

2. La contrée qui devient par le changementde la ligne d’opérations le théâtre de la guerre,doit posséder des prérogatives positives sousles rapports de la stratégie et de la tactique ;

3. En changeant de ligne d’opérations et enabandonnant la retraite perpendiculaire, pourentamer un mouvement latéral, qui n’est,comme nous l’avons vu, qu’une défense indi-recte, il ne faut pas perdre de vue que cetabandon peut n’être souvent que momentané,et que l’ancienne ligne d’opérations ne doit pasêtre tout à fait abandonnée à la merci des en-nemis , qui pourraient menacer l’objet principaldes opérations et finir par s’en rendre maîtresen n’y faisant qu’une incursion. Il en résultenécessairement une dissémination de forces,et c’est justement cette division d’une armée,qui se trouve déjà rejetée par les circonstancessur une défensive désavantageuse, et par con-séquent dans une situation défavorable, quegît la grande difficulté de cette opération, quine doit être entreprise que dans un momentopportun, et conduite avec autant de sagacitéque de précaution.

En 1812, l’armée russe a changé de ligned’opérations, parce qu’elle manœuvrait dansson propre pays, et que les riches contrées mé-