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MÉMOIRES SUR LES PRINCIPES
siennes et trouve dans les entraves qu’elle estobligée de vaincre, des obstacles périlleux pourses opérations. Ces difficultés naturelles se pré-sentent à ses efforts comme des masses de ré-sistance que la stratégie, secourue par la tac-tique, rend souvent indomptables.
Tel est l’échiquier que l’armée de Rohêmeavait choisi, en 1813, pour ses opérations. Lachaîne de l’Erz, l’Eger et la Moldau, formaientune triple ligne de résistance, qui offrait auxalliés trois positions défensives stratégiques,derrière lesquelles ils pouvaient s’opposer avecfacilité aux efforts offensifs des Français. Cesabris, sous la protection desquels les alliésconservaient la faculté de soustraire leurs pro-jets aux ennemis, leur offraient les moyens deprofiter de chaque inadvertance que ceux-cipouvaient commettre, pour tomber sur leurslignes de jonctions.
L’échiquier de la quatrième catégorie estcelui qui possède le plus de forces intrinsè-ques. C’est le terrain le plus avantageux pourles opérations de la stratégie, dont toutes leschances sont en sa faveur. L’armée y opère,trouvant, pour ainsi dire, à chaque pas etdans toutes les directions, des positions avan-tageuses sous le rapport de la défense, où ellepeut y soutenir le choc de ses adversairesavec une prépondérance marquée et un avan-tage que même les succès lactiques de ses en-nemis ne sauraient paralyser, encore moinsanéantir.
Telle a été, avant la paix de Paris, la partieorientale des frontières de la France, compriseentre Mayence et Râle. Les avantages de lanature, renforcés par ceux de l’art, y sont tel-lement grands, qu’une armée chargée de sadéfense aurait pu s’y maintenir avec succès
contre une force quadruple qui aurait voulul’attaquer de front.
Tels sont les caractères des quatre différentséchiquiers que la main de la nature et les pré-rogatives de l’art offrent à nos manœuvres. Lajuste appréciation de leurs avantages, commede leur faiblesse, nous met à même d’y utiliserles forces mobiles de manière à pouvoir nousy maintenir avec facilité. Les ressources de lanature et de l’art étant les plus fermes appuisde l’agent actif, chaque ligne stratégique luiservira de barrière protectrice contre les ten-tatives des ennemis. C’est aussi en considéra-tion de ces grands avantages que ces appuissont ordinairement les pivots des grandes opé-rations. Les vertus intrinsèques de ces basesétant une fois bien comprises et bien dévelop-pées, rendent les modifications que les malen-contres nous obligent à apporter au plan gé-néral de la guerre, d’un danger temporaire.Si un désastre tactique oblige l’armée défen-sive à abandonner une base d’opérations qu’ellecroyait pouvoir défendre avec succès, elle sereplie sur une autre, y retrouve tout aussi bienla faculté de se reformer et de profiler d’unmoment opportun pour reprendre l’offensive.
Une fois que l’appréciation de l’échiquierstratégique a été développée avec exactitude,et qu’on se soit familiarisé avec les élémentsde l’attaque et de la défense, on se met enmesure d’y faire manœuvrer les forces mobiles.Ces manœuvres étant offensives ou défensives,appartiennent au mécanisme des grandes opé-rations de ces deux modes, auxquels je me faisun devoir de consacrer des articles séparés.
En attendant, je jetterai à la hâte mes idéessur la composition des armées actives et surleurs positions préliminaires.