Buch 
Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en Russie; des mémoires sur les principes de la stratégie; de l'examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un mémoire sur l'artillerie / par N. Okouneff
Entstehung
Seite
167
JPEG-Download
 

DES TROIS ARMES.

167

soin de le venger ( 1 )? Secondement, confirmentce sentiment d’effervescence dont l’hommne estpresque toujours animé pendant le combait fe-rait-il naître en lui cette tendre émotion, sensa-tion si hétérogène à celle qu’un champ debataille produit ordinairement, et le transpor-terait-il plutôt dans son village, dans le seinde sa mère et vers l'objet de ses amours, qu’ilne réveillerait en lui le sentiment de la gloireet le désir de se distinguer? Je crois, et il mesemble, avec raison que, dans le combat, lesoldat est plus près de la fureur que d’uneémotion de sensibilité.

Comme pendant de l’exemple que nous citele colonel Marbot, et qui rectifia ses idées à cesujet, qu’il me soit permis d’en citer un autrequi rectifia les miennes.

La veille de la première bataille de Polotsk,le 5—17 août, le sergent-major de la l re com-pagnie de grenadiers du régiment du princeGuillaume de Prusse, qui était fort estimé deses compagnons d’armes, fut dangereusementblessé. Les voltigeurs avec lesquels il se trou-vait, sous les murs de Polotsk, l’ayant crumort, un des tirailleurs; qui revenait pour fairepanser sa blessure, l’armonça à ses camarades.Le peloton dé grenadi ers manifesta unanime-ment le désir d’aller le venger; mais comme lecomte de Wittgenstein avait déjà envoyé l’or-dre de suspendre le combat des tirailleurs, onne put accéder à leur prière.

Si cependant, après avoir blâmé l’inconve-nable institution d’imposer plusieurs rôles à deshommes, comme je l’ai dit plus haut, étroitsdans leur conception, le lecteur m’accuse peut-être d’adopter une organisation contraire à mapremière idée, je le prierai alors de se rappe-ler tout ce que j’ai dit par rapport à l’imposi-tion des deux rôles différents à l’infanterie, etde ne pas oublier que le doute qui germait en

()) Le général Lamarque, cet auteur si renommé et sidigne de sa haute réputation, nous dit au contraire(de l’Esprit militaire en France, pag. 81) : * Si, dans» quelques circonstances, des émotions trop vives ont» fait dégénérer chez quelques hommes la sensibilité» en faiblesse, dans mille autres, l’aspect des blessures» et de la mort d’un parent, d’un ami, ont excité des» sentiments contraires, et porté jusqu’à la fureur la» soif de la vengeance. »

( 2 ) Les plus bornés.

(a) Il ne serait que trop juste de donner aussi aux

moi sur les résultats peu efficaces qui pouvaientprovenir de cette complexité d’étude, ne serapportait qu’à une partie des fantassins ( 2 ) quirecrutent les armées, et que nous emploieronsjustement pour organiser l’infanterie de ligne,en désignant les plus braves, les plus habileset les plus susceptibles de bon sens pour le rôlede voltigeurs ( 3 ).

Sous le rapport de la taille, il faudra faireaussi une distinction. Le service de l’infanteriede ligne n’exigeant que de la force corporelle,tandis que celui de l’infanterie légère demandenon-seulement de la force physique, mais ausside la dextérité dans les mouvements et de lasouplesse dans le corps, on incorporera dansla première toutes les recrues dont la grandeursurpassera 5 pieds 6 pouces, en assignant celle-ci et au-dessous aux voltigeurs, ayant soin den’en recevoir aucun de moins de 5 pieds 2 pou-ces; car il ne faut pas envisager les tirailleurssous le seul rapport de leur souplesse : commeles emplois qu’on en fait sont très-multipliés,il faut, ainsi que je viens de le dire, avoir aussiégard à leurs forces physiques, et qu’ils soientde taille moyenne, mais robustes, et en étalde soutenir les fatigues.

Je pense même que ce partage des recrues ,d’après leurs qualités morales et physiques ,ne fera pas tort à l’infanterie de ligne ; car,combattant toujours en masse et sous la direc-tion constante de ses chefs, quand même elleserait composée de soldats moins habiles,pourvu qu’ils soient bons tireurs, elle pourratoujours être plus facilement maintenue enordre, ce qui n’est pas le cas avec les volti-geurs, qui, dispersés sur un vaste développe-ment de terrain, sont souvent abandonnés à lamerci de leurs propres combinaisons, et n’ontpendant des heures entières d’autre soutienque leur science et leur courage ( 4 ).

voltigeurs quelques prérogatives qui pussent les dis-tinguer, comme, par exemple, une paye double dufantassin de ligne, et une ou deux années de service demoins.

( à ) Ce n’est pas une prédilection injuste en faveur del’infanterie légère, dont j’ai eu l’honneur de comman-der un régiment, qui m’a inspiré cette idée de distri-bution, non ; mais une conviction impartiale, fondéesur le service des deux infanteries. Si j’avais commandéun régiment d'infanterie de ligne, je n’aurais paschangéde lamgage.