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Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en Russie; des mémoires sur les principes de la stratégie; de l'examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un mémoire sur l'artillerie / par N. Okouneff
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EXAMEN RAISONNÉ

et que plusieurs même en possèdent trop peupour tien remplir le service de l’infanterie lé-gère , la formation des régiments prussiensnous offre un nombre assez grand « pour que» l’infinlerie, commeditBonaparte(i),enn’en-» voyrnt que les voltigeurs en tirailleurs , ne» perde pas l’usage du feu, et qu’il ne se passey> pas les campagnes entières sans qu’elle tire» un coup de fusil. »

Les voltigeurs couvrent-ils le front d'uneligne de bataille? les régiments qui les déta-chent étant dans la proximité de la ligne detirailleurs n’en envoie que le nombre néces-saire avec leurs soutiens, en gardant leurs ré-serves primitives sous la protection de la lignede bataille ; ce qui obvie à l’inconvénient d’a-voir des lignes de tirailleurs trop étendues, etoffre aix chefs les moyens de mieux surveillerla conduite de leurs subordonnés.

S’ag t-il de l’attaque d’un bois d’une vasteétendue? le lecteur objectera peut-être que cessortes l’attaques exigent un plus grand nom-bre de tirailleurs que les régiments n’en pos-sèdent, et que les chefs seront obligés dedébancer des régiments entiers , et d’envoyeren tira Heurs des gens qui ne connaissent pasce méter : un cas ne fait pas une règle; il con-viendra avec moi que le rôle des tirailleurs,dans l’ittaque des taillis, est soumis à d’autreslois qui dans les plaines, où l’on doit exigerdu tirailleur, de l’ordre, de la précision dansles moivements, et une stricte application de satactique; ce qu’il ne peut exécuter dans lesbois, cù les voltigeurs ne pouvant se voir, nepeuvent aussi ni s’aligner, ni se rassembler,ni charger de front, ni s’abriter sous la pro-tection des avantages du terrain, et où l’exem-ple des officiers et la bravoure des troupes dé-cident de tout.

Une autre raison morale encore, qui parle enfaveur de celte organisation, c’est que les ti-railleurs incorporés dans les régiments, en cou-vrant le front de celui auquel ils appartiennent,où ils n’ont que des parents, des amis, descamarades et des juges; pouvant, d’un côté,compter sur leur reconnaissance, et appréhen-dant, de l’autre, le jugement défavorable que

(i) Mémoires de Napoléon, rédigés par le généralMontholon, tom. i.

les camarades porteraient sur leur conduite s’ilstrahissaient les lois de l’honneur, se battronttoujours mieux que ceux qui, formant des ré-giments à part, devront renoncer à celte dou-ceur , et seront exempts de cette punition ; etcet effort moral, produitparcette incorporation,n’est pas à dédaigner.

Le colonel Marbot, dans un de ses écrits mi-litaires (2), qualifie ce véhicule moral du titrede i rêve fondé sur une fausse observation du» cœur humain. » Comme sa description me pa-raît être basée sur une fausse assertion psycho-logique, elle peut trouver place ici, pour quele lecteur puisse mieux juger des deux avisdifférents. « Je conviens, dit-il, que l’homme« qui marche au combat, entouré de ses voisins,» de ses parents, de ses amis, sera d’abord sli-» mulé par leur présence, éprouvera le désir» de se distinguer sous leurs yeux, et craindra» surtout de montrer de la faiblesse. Mais dès» que le combat est engagé vivement, ces di-» vers sentiments sont bientôt étouffés par la9 pitié et la douleur que le soldat éprouve en9 voyant la mitraille, les boulets et les balles» renverser autour de lui les compagnons de» son enfance. Il s’attendrit sur leur sort, ou-» blie son devoir, pour ne plus s’occuper que» de l’affreuse position dans laquelle il voit ses» voisins et ses amis les plus chers, et il est» tenté de quitter son rang pour voler à leur» secours. La mort, ou la mutilation de plu-» sieurs de ses compatriotes, dont il connaît» intimement les parents, le font penser au dés-» espoir que ceux-ci éprouveront en apprenantt la perte qu’ils viennent de faire. Cette ré-» flexion le tranporte en idée dans son village,» lui rappelle sa propre famille, son vieux père,9 sa mère chérie, l’objet de ses amours! dès9 lors les illusions passagères s’évanouissent,9 et il ne reste plus dans le cœur du soldat» qu’un seul désir, celui de voir cesser le9 combat. »

Premièrement, je ne sais pourquoi, au mo-ment où le désir de la gloire et de la distinctionest vivement excité dans l’homme, la blessured’un camarade porterait plutôt le soldat à l’at-tendrissement et à l’oubli de son devoir, qu’au

( 2 ) De la nécessité d'augmenter les forces militairesde la France, page26.