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Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en Russie; des mémoires sur les principes de la stratégie; de l'examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un mémoire sur l'artillerie / par N. Okouneff
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EXAMEN RAISONNÉ

telle, que les bataillons qui les forment soienten état de soutenir les troupes qui défendentles postes avancés, pour ne pas les mettre à lamerci d’un ennemi souvent plus nombreux,qui pourrait profiter d’une position vicieusequ’on donnerait aux masses principales, en leséloignant de la ligne avancée des accidentsnaturels. C’est au vice d’une disposition pa-reille que le maréchal de Villeroi a dû, engrande partie, sa défaite à la bataille de Ra-millies. Voici le jugement que le marquis deFeuquières en porte (i) : « L’ennemi conduisit» l’attaque du village de Ramillies, dit-il,» différemment de celle de la cavalerie de la» droite. Il y marcha sur quatre ou cinq lignes;

» mais, en approchant de la tête de ce village,» il connut que notre ligne d’infanterie était» trop éloignée du village pour le protéger de» son feu, et que les flancs du village n’étaient» pas garnis de troupes, parce qu’il y en avait» trop peu.

» Sur cette mauvaise disposition de notre» part, il en forma une bonne : il fit avancer» une de ses dernières lignes sur le front de la» première; ensuite de quoi, en approchant dus village, ce front, qui le débordait, s’étendits en potence sur le flanc du village et le força» fort aisément, parce qu’il n’y trouva pas de» résistance, dans le temps que les troupess soutenaient l’attaque de la tète. L’oflicier» particulier et le soldat, ajoute-t-il, n’étaientx pas capables de redresser par leur seule va-» leur une affaire perdue par sa mauvaise dis-» position ; de sorte que le désordre fut bientôt» général par toute la droite,qui abandonnax son champ de bataille et son canon. »

Quant aux mouvements offensifs, que les li-gnes de bataille sont dans le cas de prononcer,comme dans des cas pareils, on n’occupe que le

(0 Mémoires de M. le marquis de Feuquières,tome îv, page 28.

( 2 ) Les auteurs des BnHetiws français ontpousséquel-quefois leur passion pour l’ostentation, jusqu’à imputerà un militaire aussi profond que Bonaparte les fautesles plus grossières. Tout leur était possible, pourvu queleur citation portât le sceau de l’extraordinaire en faitde mouvements, de positions ou de courage. Nous li-sons , par exemple, dans le cinquante-huitième Bulle-tin de la grande armée, daté de Preusch-Eylau, le9 février 1807: « La garde à pied (il ne faut pas ou-« blier qu’elle formait ordinairement la réserve prin-« cipale de l’armée) a été toute la journée l’arme au

terrain que l’ennemi nous cède, et que parconséquent, à la suite du mouvement, on n’estpas toujours le maître de les poster de manièreà pouvoir profiter de tous ses avantages, c’estalors la disposition des troupes qui doit obvierà la défectuosité du terrain. Une masse impo-sante d’artillerie, qu’on place devant le frontde la première ligne de bataille, en défend lesapproches; une autre, de cavalerie, qu’on posteavantageusement derrière une des ailes et qu’onparvient à soustraire aux regards des ennemis,paralyse les mouvements offensifs de l’adver-saire en tombant sur la partie attaquante, eten la prenant en flanc ou à dos.

Mais les lignes de bataille demandent parfoisdes secours souvent répétés, qu’on leur porteen relevant les bataillons battus et désorga-nisés, ou en prévenant les débordements deleurs flancs, auxquels elles ne sont pas en étatde s’opposer par leurs propres forces; ellesexigcntalors de grandes réserves, que l’on com-pose ordinairement des troupes les meilleureset les plus éprouvées , dont la position, tantqu’elles sont inactives, doit être derrière leslignes de bataille, hors d’atteinte des coups del’artillerie ennemie et postées sous la protec-tion de quelque accident du terrain qui lescache tout à fait aux regards de l’ennemi (2).C’est à ces réserves qu’on impose les rôles dif-férents que je viens de citer.

Mais ces réserves envisagées sous le rapportde leurs différents emplois, étant obligées deprêter des secours souvent répétés ( 3 ) , et leurrôle étant par conséquent toujours difficile etépineux, il 11’est que trop juste de désignerpour leur composition une niasse imposanted’infanterie, composée de vétérans qui, té-moins actifs de faits glorieux et de catastrophesdangereuses, savent toujours mieux apprécier

» bras, sous le feu d’une épouvantable mitraille (!!!!),» sans tirer un coup de fusil, ni faire aucun mouve-» ment. » Je prendrai la liberté de demander quelle po-sition, dans un pareil cas, occupaient donc les lignesde bataille? A-t-on jamais entendu avouer avec pinsde naïveté et dans l’unique but de contenter l’ostenta-tion, une faute aussi grossière? Et c’est à la couronnedu restaurateur de l’art militaire qu’ils attachaient unfleuron aussi ridicule!

( 5 ) Comme l’exemple que nous offre la bataille deWagram, et pour lequel je prends la liberté de ren-voyer le lecteur aux Réflexions sur le Système desGuerres modernes, pages 2t>9 et suivantes.