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Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en Russie; des mémoires sur les principes de la stratégie; de l'examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un mémoire sur l'artillerie / par N. Okouneff
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DES TROIS ARMES.

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l’arlillerie ennemie, rencontre un ravin sec,mais assez profond, et tellement large, qu’enle franchissant, plusieurs chevaux s’abattirentet y restèrent avec leurs cavaliers. (Ravinsdont le champ de bataille était déchiré en toutsens.) Il surmonte cet obstacle, et parvient àenlever douze pièces de canons à l’ennemi.Loin de se contenter de cet exploit, il s’arrêteun moment pour rallier son escadron, et ayantaperçu un régiment de chasseurs à cheval, ilcourt à de nouveaux dangers et à une nouvellegloire. Les difficultés du terrain qu’il devaitparcourir étaient plus grandes encore à sur-monter; mais tel est l’avantage incalculabled’une cavalerie accoutumée à manœuvrer sui-des sites inégaux, qu’aucun accident de terrainne fut assez grand pour cet escadron d’élite,qui, après s’être rendu maitre d’une batteriede douze pièces de canon, mil encore un ré-giment de cavalerie en fuite.

Avant de finir cet article, je ne puis m’em-pêcher d’émettre un dernier sentiment sur lechangement que je crois utile de faire dans lacavalerie, par rapport à son armure. Ce chan-gement me parait d’autant plus nécessaire ,qu’il imprimerait à la cavalerie un caractèrede force, qu’elic est encore loin de posséder.

A mon avis, ce n’est pas tout que d’ôler auxcuirassiers et aux hussards leurs carabines, ilfaut leur accorder des lances. L’expériencemême nous a démontré tous les effets salutairesde cet armement. Quelques mois avant l’ou-verture de la campagne de 1812, nos régimentsde hussards reçurent des lances. On en armatous les premiers rangs des escadrons, tandisque les seconds conservèrent le sabre.

On devrait croire qu’un temps aussi court.fût insuffisant pour pousser le maniement de lapique jusqu’à une sorte d’habileté; mais telest l’empire de la nécessité de se défendre,que pendant les hostilités, nos hussards s’enservaient déjà avec cette dextérité qui carac-térise l’homme habile. Cette arme leur a étésurtout d’une grande utilité contre les tirail-leurs français, qui avaient l’habitude de se

(i) Guibcrt nous donne une dérivation bien para-doxale de l’institution de la pique, Essai général deTactique , loin, i, pag. 180: « Quand la valeur d’un» peuple baisse, dit-il, on allonge les armes, on prend» désarmes de jet, on cherche a mettre le plusd’inler-» valle qu’on peut entre l’ennemi et soi. » Combien se

jeter à terre au moment où ils se voyaientattaqués par nos cavaliers. Celui de nos hus-sards qui ne possédait pas de pique, devait secontenter de froisser un peu son adversairesous les pieds de son cheval; celui, au con-traire, qui en possédait une, était sur d’étendreson ennemi à ses pieds (î).

Dans les attaques, les hommes du secondrang qui étaient armés de sabres, pouvaientêtre envisagés comme les assistants de ceux dupremier; et s’il arrivait que dans le choc,l’homme armé de la pique manquât son coup,tandis qu’il cherchait à réparer cette faute enfrappant un des ennemis du second rang dela troupe adversaire, son assistant le protégeaitavec son sabre contre les atteintes de l’ennemiqui se trouvait devant lui. Les hussards ducorps du comte de Wiltgenstein, que j’ai étédans le cas d’interroger sur les prérogativesde l’une ou de l’autre arme, m’assurèrent quejamais il n’avaient eu autant d’assurance et deprobabilité pour la réussite du choc, que de-puis qu’on les avait armés de la pique. Abs-traction faite des prérogatives, que pour lechoc, la pique a sur le sabre, déjà l’effet moralque cet armement avait produit sur ces vété-rans, et la persuasion de la supériorité effec-tive qu’ils avaient acquise sur leurs adver-saires, étaient d’un avantage incalculable.

L’acquisition d’une bonne cavalerie étantnon-seulement très-difficile, mais même très-coûteuse, il est indispensable de donner à sonorganisation, ainsi qu’à son armement, lessoins les plus attentifs, pour que les énormesdépenses ne soient point faites en vain. Maissi même sa bonté a été portée à ce degré élevéqu’on exige d’elle, qu’on se garde bien de lasubordonner à un chef inhabile et incapablede la manier. En l’employant sur des terrainsdésavantageux, ou dans des moments où ellerisque de tout perdre sans rien gagner, on ladémoralise, et, comme le dit le comte de Bis-mark (Système de Cavalerie, page 45 ), « elle» se décourage et devient si timide, qu’il est» difficile de la séparer de l’infanterie, à la-

serait-il trompé s’il avait pu jamais supposer que rienne pouvait égaler la bravoure des vainqueurs de Fon-tenoy, de lîaucoux et de Laxvfeld, lesquels, il est vrai,ignoraient peut-être le maniement de la pique. Nouspourrions leur offrir, dans les vainqueurs de la Katz-bacli et de Leipzig, des rivaux bien dangereux.