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Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en Russie; des mémoires sur les principes de la stratégie; de l'examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un mémoire sur l'artillerie / par N. Okouneff
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EXAMEN RAISONNÉ

que de lui envoyer une décharge, espérantqu’elle suffirait pour arrêter la fougue des Co-saques, et que la régularité de ses attaquessuffirait ensuite pour compléter le désordre. Ilfut bientôt et cruellement détrompé, et cellefois-ci, la supériorité,qu’une troupe régulièrepossède sur une autre irrégulière, ne peutmême compenserles désavantages auxquels estsoumise une cavalerie qui se sert de ses feuxà cheval. Le régiment de Bichalof qui couvraitle mouvement de ceux d’Ilovvaisky et Ivoutei-nikof, ayant reçu la décharge de la cavalerieennemie (1), conformément aux ordres reçusdu général Ilowaisky, s’écoula dans les inter-valles et vers les deux flancs de la ligne qui lesuivait. Celle-ci se met au galop ; et les ennemis,embarrassés de leurs armes et des brides deleurs chevaux, n’eurent presque pas le tempsd’aller au-devant de leurs adversaires, et furentpris comme en flagrant délit. Les cosaquesfournirent la charge, qui ne pouvait même passe comparer à celle qu’une cavalerie régulièreet bien exercée peut produire, mais qui cepen-dant parvint à désorganiser la cavalerie enne-mie à un tel point, qu’en moins de quinze mi-nutes elle ne présenta plus le moindre vestiged’ordre et d’ensemble (a). Notre butin montaà plus de 800 prisonniers pris avec leurschevaux, ainsi que plusieurs officiers parmilesquels se trouvait le colonel Talleyrand-Pé-rigord. Le général qui commandailla division,ne dut son salut qu’à l’escorte qui le défendaitet qui le sauva des poursuites de plusieurs Co-saques,qui avaient été sur le point de l’atteindre.

Cfe combat doit, sans contredit, servird’exemple salutaire pour le danger imminentauquel la cavalerie s’expose en se servant desfeux collectifs, et du peu d'effet que ces mêmesfeux produisent pour la troupe assaillante,

(1) Il n'eut, autant que je puis m’en ressouvenir, toutau plus que 17 hommes mis hors de combat, ce quiprouve d’une manière évidente combien les coups sontpeu sûrs.

(2) Le général Gourgaud, dans son Examen critiquede la Campagne de 1812, publié par le général comtede Ségur (page 131), nous fait part aussi de la défaitedu 16 e de chasseurs à cheval au combat de Wiltepsk.<1 La cavalerie de la garde russe, dit-il, protégée par» le feu d’une batterie de 12 pièces, chargea ce régi-» ment, à la tête duquel était le général Piré. Le» 16' de chasseurs voulut employer une manœuvre qui» lui avait réussi plusieurs fois; il attendit la charge

I ce qui rend à peu près leur secours nul (5).

Il faut encore que j’ajoute en, honneur descosaques, qui se couvrirent de gloire à celteaffaire, que le terrain qu’ils ont été obligés deparcourir pour en venir aux mains, n’élait pasdes plus propices pour le mouvement de la ca-valerie. Mais les cosaques, que leur serviceoblige si souvent Jt battre des plaines mêmestrès-coupées, et qui sont plus accoutumés à sefier sur leur bravoure personnelle que sur lesrésultats de la régularité de leur éducation,s’inquiétèrent peu des obstacles que leur offraitla nature; et malgré le flottement qui s’étaitopéré dans les escadrons, atteignirent complè-tement le seul but qu’on se propose d’atteindredans tout engagement, celui de battre sonennemi.

L’habitude de parcourir, en petite commeen grande masse, des terrains un peu coupés,ne peut que rehausser tous les avantages d’unebonne cavalerie; et comme la nature ne nousprésente que rarement des terrains unis, il se-rait même indispensable pour que, le jour d’unebataille, nos masses de cavalerie ne soient pasquelquefois assujetties à une inaction désavan-tageuse, d’accoutumer cette arme à braver lescaprices de la nature, et de l’habituer à con-server, pendant ses attaques, l’alignement etla contiguïté des rangs dans les escadrons,même sur un terrain désavantageux. Une ca-valerie qui serait accoutumée ià surmonter desobstacles pareils, ferait des jprodiges sur unterrain uni et propice à ses mouvements.

A la première bataille de Polotsk, livréele 6—1B août, le capitaine de Knorring (4), àla tète de l’escadro n de réserves des gardes àcheval, ayant remarqué le ravage qu’une bat-terie ennemie occasionnait dans l’infanterie denotre centre, se porte en avant ; et en chargeant

» sans s’ébranler, et à 50 pas de distance, fit un feu de» carabine. La vélocité de la cavalerie russe ne put pas» être arrêtée par ce feu, qui ne fit que causer du dés-» ordre dans les rangs du 16". »

( 5 ) Le maréchal de Saxe nous dit aussi, dans sesRêveries , tom. I, pag. 84 : « Le feu de la cavalerie 11 ’est» pas fort redoutable, et j’ai toujours ouï dire que tous» ceux qui s’avisaient de tirer étaient battus. »

Le général lîuhle de Lilienslern, dans son Manuelde l'O/ficier, tom. 1 , pag. 49, n’accorde aussi aux feuxde la cavalerie, que peu ou presque pas de résultat.

( 4 ) Actuellement général-major et commandant unrégiment de cuirassiers de la garde à Varsovie.