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EXAMEN RAISONNÉ
de les rendre décisives ; propriété qu’on nesaurait priser assez haut, car ce n’est que surle degré de désorganisation de l’armée battue,elle temps nécessaire pour la réorganiser, queles vaincus peuvent calculer la reprise de leursopérations offensives ultérieures.
Les avantages que nous rapporte la tactiquesont souvent d’autant plus grands, qu’ils ré-parent souvent l’équilibre que des opérationsstratégiques nous font perdre quelquefois. Ilne faut, après une victoire, que savoir profiterdes circonstances : c’était justement le grandsecret des opérations de Frédéric II et de Na-poléon, qui savaient livrer bataille à propos,les rendaient décisives, et ressaisissaient lesavantages que des mouvements stratégiquesantérieurs leur faisaient perdre quelquefois.
Il n’y a pas de doute que si même il est pos-sible, de vaincre son ennemi sans le secours dela cavalerie, il est impossible de s’attendre àde grands résultats sans sa participation. Labataille de Ligny, livrée le 16 juin 1815, nousen offre tout de suite un exemple. La victoireque les Français ont remportée a été sans con-tredit complète. Les Prussiens y perdirentbeaucoup de monde en tués et blessés, ce quine fait que prouver qu’ils se sont bien battus;mais les seuls trophées que l’armée françaiseconquit, n’ont été que les 15 pièces de canonque les Prussiens furent obligés d’abandonnerau moment où ils commencèrent leur mouve-ment rétrograde après la dernière attaque decavalerie, dans laquelle le maréchal Bliichermanqua d’être fait prisonnier. Si l’armée fran-çaise avait été composée comme elle l’a étéen 1805, 1806, 1807, 1809 et 1812, il n’y apas de doute qu’une charge d’une masse de ca-valerie de ligne opérée au dénoûment auraitporté la confusion de l’armée prussienne auplus haut degré, et une poursuite bien dirigéepar une autre masse imposante de cavalerielégère, et, comme on dit vulgairement, surles talons de l’ennemi, aurait sans doute raviaux Prussiens tous les moyens d’entrer en lignedeux jours plus tard sur le champ de bataillede Waterloo. Mais à l’époque dont nous par-lons, la cavalerie française comptait trop peude vétérans dans ses rangs, auxquels appar-tient l’honneur de rendre les victoires déci-sives, et, d’un autre côté, elle était en troppetit nombre pour pouvoir suffire à tous les
engagements auxquels elle doit participer dansles batailles.
SECTION III.
DES PROPRIÉTÉS DE LA CAVALERIE LÉGÈRE.
Le service de la cavalerie légère est de beau-coup plus compliqué que celui de la cavaleriede ligne; mais comme les grandes vertus decette arme en général gisent dans le choc, lespropriétés de la cavalerie légère ne peuventpas être, sous les mêmes rapports, d’un effetaussi efficace que celles de la cavalerie de ligne ;cependant la cavalerie légère possède d’autresprérogatives qui la rendent quelquefois mêmedangereuse à celle-ci.
Quoique tout ce qui se rapporte à la surveil-lance de l’armée, comme service d’avant-postes,des patrouilles, des reconnaissances, des avantet arrière-gardes, etc., etc., etc., soit du ressortde la cavalerie légère, nous l’avons vue cepen-dant se joindre souvent aussi aux travaux écla-tants de la cavalerie de ligne, et moissonner deslauriers tout aussi nombreux qu’elle.
Un service aussi compliqué, et souvent siépineux et si difficile, exige, pour la compo-sition de la cavalerie légère, des gens possé-dant des prérogatives morales et physiquesmarquées, et qui soient non-seulement d’uncourage fougueux, mais intelligents, actifs etfins.
Dans beaucoup d’occasions, la cavalerie lé-gère, mais dans une acception beaucoup plusvaste par rapport à l’étendue du terrain surlequel elle peut agir, doit tenir à l’armée lemême rang que les tirailleurs. La difficulté deson service cependant est infiniment plusgrande, à cause de la sphère étendue que sonservice doit embrasser et des entraves multi-pliées que les différentes variétés du terrainoffrent à son action. Le cavalier, loin de par-tager toutes les prérogatives et la facilité del’action d’un fantassin isolé, dont j’ai parléavec détail dans la troisième et la septièmesection du second chapitre, est soumis à unservice dont les difficultés se multiplient par lacirconscription de la sphère de ses vertus.
Mais les entraves que la cavalerie légèrerencontre dans son service sont quelquefoiscompensées parla vélocité de cette arme. Cette