DES TROIS ARMES.
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la cavalerie ennemie avait produite dans cellede noire centre. L’aide de camp général comteOrlolf-Denissof, à la tète de cette poignée debraves, tombe à corps perdu sur ces ennemistéméraires, et parvient non-seulement à ar-rêter leur fougue impétueuse, mais à reprendreaussi 24 pièces de canon, dont les ennemiss’étaient rendus maîtres.
Pendant que les Cosaques arrêtaient le mou-vement offensif de la cavalerie ennemie, ladivision de la cavalerie légère de la garde avaitemployé ce temps à se reformer, et, soutenuepar 2 régiments de cavalerie prussienne, quele général comte de Pahlen venait d’envoyerau secours du point menacé, elle parvint àrejeter les ennemis hors de la sphère active denos lignes de bataille. Le général en chef,cherchant aussitôt à réparer tous les torts quel’attaque de la cavalerie avait pu faire, ren-força le corps du prince de Wurtemberg parles grenadiers russes, fit avancer devant Gossaune batterie de 80 pièces de canon, et plaçaderrière ce poste les réserves des gardes prus-sienne et russe.
Telle fut l’issue de cette attaque audacieuseque la cavalerie française lit contre notrecentre , et dont le résultat fut loin de répondreau courage et au dévoùmenl qu’elle y avaitdéployés. Si, avant de la faire tomber sur lecorps du prince de Wurtemberg, on avaitcommencé par saluer notre infanterie par quel-ques coups de canon bien ajustés, et qu’oneût envoyé la cavalerie à la charge, au mo-ment où les feux de l’artillerie auraient pro-duit du flottement dans les masses de l’infan-terie russe, il n’y a pas de doute que le succèsde celte attaque aurait été complet et lesrésultats d’autant plus funestes pour les alliés,que la cavalerie ennemie, au lieu d’aller cher-cher des lauriers sur des points aussi difficilesà subjuguer (du côté de nos réserves), seraitparvenue à rejeter notre infanterie des deuxpremières lignes sur la cavalerie de réserve;un succès pareil aurait dégarni entièrementnotre centre, et un mouvement décisif pro-noncé du côté de Gossa par les réserves fran-çaises, qui auraient pu ensuite s’étendre versla droite et vers la gauche , pour prendre lespositions de Crobern et Liberlwolkovitz àrevers, aurait pu donner à celle journée latournure la plus désavantageuse pour les alliés.
Le chef de la cavalerie française an ticipa surles moments de l’action de celte arme, et vou-lut lui faire jouer, avant que le moment op-portun fût encore arrivé, le rôle d’arme indé- -pendante, et la mena à sa ruine: c'est ce quiarrivera toutes les fois que, avant de fairecharger la cavalerie, on ne cherchera pas, parl’intensité des feux de l’artillerie, à ravir à l’in-fanterie sa contenance et sa fermeté. Si, à labataille de ZorndorlF, le fameux Seydlitz ne litpas usage des feux de l’artillerie, et s’en re-posa sur le seul effet de sa cavalerie, c’est queson attaque sur le flanc droit des Russes,postés près du marais de Hopfcn, avait étédirigée avant sur la cavalerie, qu'il rejeta surl’infanterie ennemie, et prépara justement cetétat de désordre dont la cavalerie doit toujoursprofiter, et qui assure sa victoire. Au momentoù Seydlitz reforma sa troupe, il dirigea lesrégiments des gardes-du-corps et des gen-darmes contre le front de celte masse informe,où il venait de porter la confusion, tandis quele régiment des cuirassiers de Seydlitz et ceuxdes hussards de Ziethen et de Malachovvskyl’attaquaient à dos. La plus grande partie desRusses tomba sous le glaive inexorable de lacavalerie prussienne, tandis que le reste seréfugia sous la protection du ruisseau quitombe près de Quartschen dans la Mitzel.
Nous serons toujours en défaut, si nous con-sidérons la cavalerie de ligne comme l’armequi doit gagner les batailles, et non commecelle qui doit les compléter, en profitant dessuccès remportés par l’infanterie. C’est agir ensens contraire de sa lactique, et exiger de sespropriétés plus de vertus qu’elles n’en possè-dent, que de l’engager dans des attaques aussidifficiles et d’un succès aussi peu certain quecelles contre une infanterie qui s’est préparéeà recevoir le choc, sans avoir cherché avant àl’ébranler par le feu foudroyant de l’artillerie,ou à la désorganiser en rejetant sur elle sa ca-valerie; en un mot, la cavalerie peut embrasserle rôle d’arme indépendante, mais ce n’estqu’au moment où les lignes de bataille son!ébranlées.
Nous voyons, en dernier résumé, que si lespropriétés de la cavalerie de ligne sont loind’égaler celles de l’infanterie, cette arme n’enconserve pas moins une qui lui appartient ex-clusivement, celle de compléter les victoires et