Buch 
Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en Russie; des mémoires sur les principes de la stratégie; de l'examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un mémoire sur l'artillerie / par N. Okouneff
Entstehung
Seite
238
JPEG-Download
 

238

EXAMEN RAISONNÉ

des deux lignes, ayant soin de placer la majeurepartie derrière l’aile où le terrain lui offre leplus d’action, et en colonnes;

5° De mettre la cavalerie de ligne en massedans la réserve, et postée sur un terrain d'oùelle puisse se porter avec rapidité vers le pointoù doit se compléter la victoire, et lui assignerpour cet effet un terrain où elle puisse agiravec aisance, et où son action ne soit pas gênéepar d’autres armes; car, pour mettre la cava-lerie en action, le principal n’est pas d’avoirtoujours présente à sa mémoire cette règle quepersonne n’ignore, qui nous défend de dissé-miner cette arme, et d’en avoir une masserespectable toujours prête à se porter vers lepoint décisif : l’essentiel, c’est de savoir luiassigner un terrain propice où elle puisse ma-nœuvrer avec aisance, et de la mettre en actionavec avantage. Une réserve de cavalerie , quicharge à la fin d’une bataille, doit toujoursfaire effet; car elle peut, par son mouvementrapide, se porter sur un point où l’ennemi nel’attend pas ; et, comme la fin d’un combat esttoujours le moment où les forces physiquessont exténuées, si les circonstances et l’ennemiont rendu possible de ménager la cavalerie deréserve jusqu’à la fin du combat, une attaqueinopinée et décisive ne peut jamais rester sansun bon résultat.

SECTION V.

DE L’ACTION DE LA CAVALERIE DE LIGNE.

L’action de la cavalerie de ligne consistedans le choc; le choc est basé sur la contiguïtédes escadrons, l’alignement des lignes et l’im-pétuosité avec laquelle on tombe sur son en-nemi , tandis que les grands résultats des mou-vements offensifs consistent dans l’accablementde son ennemi et dans un ralliement des partisdésorganisés aussi exact que prompt.

Lorsqu’il s’agira de mettre la cavalerie deligne en action, il faudra préalablement lui as-signer un terrain vaste, uni, et où elle puisseagir avec aisance et hardiesse; mais puisqueles mouvements de celle arme doivent êtrehardis, il faut bien se garder de la faire ma-nœuvrer sur un terrain difficile et où ellepuisse même se choquer avec d’autres armesqui pourraient entraver ses mouvements. Si le

moment où elle doit agir est arrivé, et nous enconnaissons les différentes époques par lesdiscussions précédentes, qu’alors elle s’érige,selon la circonstance, en arme de secours ouindépendante, et qu’on lui assigne un terrainoù elle soit en état de ne démentir ni sa nature,ni ses vertus intrinsèques, ni les résultats qu’onen attend.

Pour pouvoir recueillir un résultat avanta-geux, le principal est toujours de suivre la loide la nature de chaque arme, et ne pas tra-vailler en contradiction avec ses éléments. Defaux mouvements pour la cavalerie sont d’au-tant plus dangereux, que l’harmonie de sonaction étant une fois détruite, il faut, j’osel’attester, plus que du génie pour rétablirl’ordre nécessaire, sans lequel toute arme, etla cavalerie plus encore, tombe dans une sorted’anéantissement; il faut du bonheur. Désironsdonc, si le commandement de la cavalerietombe en partage à un chef, dont la tête s’é-tourdisse facilement par le mouvement d’unetrentaine d’escadrons, qu’il soit du moins,comme dit le proverbe, plus heureux que sage.

Cette harmonie, indispensable pour l’actionde la cavalerie, étant si difficile à maintenir,gardons-nous d’en multiplier les entraves pardes mouvements bien compliqués, ou en l’en-gageant dans des combats où tous ses efforts nepeuvent que se briser contre les difficultésqu’elle aurait à surmonter. En général, beau-coup de mouvements sont pernicieux pour lacavalerie, car on la fatigue inutilement, et elledevient incapable de rien produire lorsque lemoment de la décision arrive.

Tant que le momen t opportun pour l’actionde la cavalerie n’est pas encore arrivé, tenons-la toujours en masse, et ne nous laissons paséblouir par le spectacle séduisant d’une infinitéd’escadrons déployés en parade et occupantune vaste étendue de terrain; n’oublions jamaisque, pour être efficace, le choc doit posséderune certaine force collective, et que les troupesqu’on rassemble sur les champs de bataille nes’y réunissent pas pour flatter les regards descurieux, mais pour terrasser leurs adversaires.Le moment de la faire agir est-il arrivé? re-portons-la avec la rapidité de l’éclair vers lepoint décisif, et ne nous occupons encore quede son déploiement; car il est toujours dange-reux d’anticiper sur les différentes époques qui