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EXAMEN RAISONNÉ
» nouvelle ligne de cavalerie, pendant qu’elle» est encore occupée à charger ses armes. >
En lisant cette description, on remarqueaisément que ce n’est pas tant sur l’efïicaciléde la disposition et la force même d’un chocplusieurs fois répété, que le général Bismarkfonde la réussite de la défaite de l’infanteriequ’il attaque, mais plutôt sur deux autres■moyens, et qui sont : 1° l’impossibilité danslaquelle l’impétuosité des charges de la cava-lerie mettra l’infanterie de recharger ses armes;2° l’étonnement dont l’infanterie sera saisie envoyant paraître, à travers la fumée, une nou-velle cavalerie, la supposant déjà en fuite parl’effet de son feu.
Il suffirait de combattre et de démontrer lemanque de solidité de ces deux assertions pourrendre douteuse la réussite d’un choc pareil;mais comme je puis y ajouter encore une en-trave assez grande, j’espère pouvoir démontrerjusqu’à l’évidence que la charge en colonnecontre l’infanterie n’est qu’un bien faible moyenpour vaincre son ennemi.
Nous avons vu dans le chapitre II, section vi,où j’ai traité de l’action de l’infanterie de ligne,p. 198 , que les feux les meilleurs sont toujoursceux qui sont subordonnés aux commande-ments des chefs; qui ne commencent que d’a-près leur ordre , par conséquent au momentopportun, qui ne sont soumis à aucune inter-ruption, et je m’y étais décidé en faveur desfeux de rangs. Ces feux ne sont jamais inter-rompus ; car le second rang, qui commenceaprès avoir déchargé ses armes, les rend aus-sitôt au troisième, auquel on impose le devoirde les recharger, et tire une seconde fois avecles fusils des soldats du troisième rang; en-suite , c’est le premier rang qui fait feu, etainsi de suite.
Supposant maintenant que l’infanterie com-mence son feu à cent cinquante pas (i), quidéjà est une distance à laquelle un fantassinun peu exercé peut toujours tuer un cavalier,et que la cavalerie assaillante fasse encore cin-quante pas au trot, cinquante pas au galop, etcinquante pas de l’allure de la charge défini-
(1) l.e lecteur voudra bien avouer que je ne suis pasexigeant.
(2) Dans les feux de rangs il n’y a presque pas detemps perdu. Pendant qu’un rang tire, les deux autres
tive, il faudra donc à cette arme à peu prèsquinze secondes pour opérer le choc. Pendantce temps, l’infanlerie aura fait trois coups derangs ( 2 ). Supposant que la cavalerie n’ait faitqu’une perte moyenne, 20 chevaux et autantde cavaliers, le terrain que le deuxième esca-dron devra parcourir sera donc parsemé , surdifférents points, de 20 chevaux et d’autantd'hommes, donlles corps rendront le terrain plusdifficile à franchir. Supposant que le deuxièmeescadron fasse la même perte, le troisièmetrouvera la plaine tellement encombrée d’hom-mes et de chevaux, qu’abstraction faite de ladésorganisation que les feux des ennemis yproduiront, son mouvement sera déjà tout àfait paralysé par les entraves qu’il trouverasur le terrain qu’il devra parcourir.
Pour que la répétition des chocs produise l’ef-fet désiré, il faut que la colonne de cavaleriepossède une certaine profondeur. Si l’infanteriequ’on attaque en colonne est assez brave etassez experte pour ne céder, supposons, qu’auquatrième choc, elqu’ott essaie delesexéculer,les derniers escadrons trouveront déjà, non unterrain entravé par quelques difficultés épar-ses, mais à peu près des remparts de cadavresque je ne conseillerai pas à la cavalerie de fran-chir, pour aller attaquer, après une opérationaussi nuisible pour le serrement des rangs desescadrons, une troupe qui la reçoit à bout por-tant.
Pour ce qui regarde l'étonnement dont l’in-fanterie doit être saisie, en voyant paraître àtravers la fumée une nouvelle cavalerie, lasupposant déjà en fuite par l’effet de son feu,il est difficile de présumer que cet étonnementpuisse jamais avoir lieu; 1° parce que l’atten-tion des chefs qui commandent les bataillonsd’infanterie doit naturellement se diriger con-tre la troupe qui les attaque, et 2° pour peuqu’on fasse attention aux assaillants, il n’v arien de plus facile que de remarquer si la ca-valerie attaque en colonne, en ligne parallèleou en échelons, et par conséquent se convain-cre que les attaques des escadrons, si c'est unchoc en colonne, doivent être successives.
chargent, et, pour tirer trois coups de rangs, il ne fautpas même recharger les fusils ; mais le second rang nefait qu’échanger les siens contre ceux du troisième, cequi prouve que les quinze secondes seront suffisantes.