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Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en Russie; des mémoires sur les principes de la stratégie; de l'examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un mémoire sur l'artillerie / par N. Okouneff
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DES TROIS ARMES.

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(lividuel du canon qui est vraiment à craindre;mais c’est cette liaison des bouches à feu engrandes batteries, dont les feux peuvent bat-tre en brèche, non des points isolés, mais desmasses dont la rétrogradation, comme je l’aidit plus haut, pouvait être envisagée commel’avant-coureur d’un échec, qui peut à sontour être le préliminaire d’une défaite.

Celte ignorance de l’emploi de l’artillerie,qui faisait évanouir aussi les vraies propriétésde cette arme, et qui portait même les jugescompétents à déprimer l’usage d’en attacher ungrand nombre aux armées actives, s’est conser-vée pendant un assez long espace de temps ;car Guibert, qui fit paraître son Essai généralde Tactique vers la fin du xvin e siècle, pritla peine de consacrer un article entier à dé-montrer les inconvénients d’une nombreuseartillerie.

Mais, pour que toutes les propriétés que nousvenons d’accorder à l’artillerie, et qu’elle pos-sède en effet, ne soient pas desqualités inutiles,semblables à une mine prodigue, mais dont onignore l’exploitation, il faut que l’artilleriesoit bien dirigée, et il est tout aussi indispen-sable , et peut-être même plus encore, qu’ellesoit bien servie. Des trois armes, c’est l’uniqueoù le seul courage et quelques qualités gym-nastiques, comme l’agilité, la force et l’adresse,tout en faisant une partie des vertus du bonartilleur, ne seraient encore que des moteurstrop matériels, et ne suffiraient pas pour ledéveloppement des vraies propriétés de cettearme.

Tout ce qui regarde la direction des batteriesvers les points qu’il est indispensable de gar-nir, leur position, envisagée par rapport àl’ordre de bataille, et le nombre de bouchesà feu que le moment et la circonstance exigentde mettre en batterie, pour en retirer le nom-bre de feux collectifs nécessaires pour ébranlerla masse de troupes qu’on se propose de battreen brèche, tout ceci appartient aux dispositionsdu chef qui commande l’artillerie ; mais lors-que le terrain,où les pièces doivent être pla-cées et les buts différents sont indiqués, alorscommence le rôle des artilleurs, et celui-ciexige les notions suivantes :

1° L’appréciation à vue des distances ;

2° L’effet des projectiles, calculé d’après lesangles de projection;

3° Une idée juste des trajectoires;

4° Les propriétés des différents tirs ;

5° L’emploi des différents tirs ;

6° Le maniement adroit et juste de la vis depointage.

Tous les effets dont l’artillerie peut être sus-ceptible étant basés sur une profonde connais-sance des sjx points ci-dessus énoncés, chaqueartilleur ne saurait en approfondir assez lathéorie. Mais si cette théorie est nécessaire, lapratique, dans ce cas, est plus nécessaire en-core; car, comme je l’ai dit plus haut, le ter-rain , le temps, l’air, etc., mettant souvent tousles problèmes balistiques en défaut, il est in-dispensable que l’expérience rectifie ce queplusieurs accidents, qu’il n’est pas donné àl’homme de pouvoir subjuguer, mettent endéfaut.

Mais lorsque la théorie, appuyée par l’expé-rience, a produit de la science une sorte d’ha-bitude dans l’artilleur, et que le chef qui com-mande cette arme et ses subordonnés saventbien diriger, bien servir, mettre en position etdéterminer, d’après le moment et la circon-stance, le nombre de bouches à feu qu’on doitmettre en batterie, c’est alors que cette armedevient vraiment redoutable, car ses effetspeuvent être envisagés comme le produit del’espace dans lequel elle peut atteindre son en-nemi et de sa force destructive.

Si les artilleurs, au contraire, ne savent pasjustement apprécier les distances et ne poin-tent qu’au hasard, les tirs ne seront jamaisjustes, et l’artillerie perdra sa propriété pri-mitive.

Pour rendre plus sensible encore la nécessitéde baser la théorie, si même elle n’était quesuperficielle, sur une expérience bien appro-fondie , et les effets salutaires qui en résultent,je comparerai l’artillerie de l’armée russe àcelle des Impériaux. Peut-être que la sciencethéorique de cette arme est plus approfondiedans l’armée autrichienne que dans l’arméerusse ; mais que l’artillerie de cette dernièresoit toujours plus terrible que celle des Impé-riaux, tous les ennemis des Russes et qui l’ontété des Autrichiens l’avoueront franchement.Les raisons de ces deux résultats sont tout àfait simples. Le calcul du jet des projectilespeut sans doute nous conduire avec plus dejustesse h.atteindre le but; mais ce calcul en-