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Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en Russie; des mémoires sur les principes de la stratégie; de l'examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un mémoire sur l'artillerie / par N. Okouneff
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EXAMEN RAISONNÉ

les troupes prusso-russiennes rétrogradent sousla protection de leurs chaînes de tirailleurs, etvont se lier par leur gauche aux troupes .ducomte de Colloredo.

Les attaques de Probslheïda nous démon-trent d’une manière évidente, que lorsqu’unvillage est défendu comme celui-ci, et qu’il ades réserves respectables derrière le poste etune artillerie puissante sur les flancs, l’infan-terie la plus brave et la mieux disciplinée neparviendra jamais à s’en rendre maîtresse àelle seule. L’artillerie qui défend les villages,en prenant les colonnes assaillantes en feuxcroisés, peut leur faire subir des pertes telle-ment sensibles, qu’abslractionfaite du nombred’hommes que l’on perd, les masses offensivesrisquent toujours de perdre leur compacité etd’être arrêtées dans leur mouvement. Il fautdonc avant tout les soustraire à ce double dés-avantage, et, par conséquent, chercher à para-lyser le feu meurtrier de l'artillerie, à quoi onne parvient qu’en opposant un feu tout aussipuissant et aussi bien nourri, ou bien en cher-chant à se rendre maître des batteries ennemies.

Des considérations ci-dessus énoncées, onpeut facilement déduire les règles d’après les-quelles l’artillerie doit coopérer à l’attaque d’unvillage, qui serait défendu par des batteriespuissantes. C’est en vain, comme nous venonsde le voir, que l’infanterie seule s’efforcerait des'emparer d’un village, si elle n’était pas sou-tenue par une artillerie au moins équivalenteà celle des ennemis. Le principal, dans un caspareil, est donc de chercher à démonter lesbatteries qui défendent le poste, et n’engagerl’infanterie qu’au moment où on serait parvenuà leur imposer silence. On emploiera les feuxles plus efficaces, qui sont les feux obliques ,d’enfilades ou croisés, et lorsqu’ils auront pro-duit le résultat désiré , ce sera le moment oùl’infanterie, formée en colonnes offensives, ira,sous la protection de ses tirailleurs, donnerl’assaut au village. C’est du moins le moyen lemoins destructeur pour s’en rendre maître.

Si, au contraire, l’emploi des différentesarmes devient insuffisant pour s’en emparer,et si sa position ne permet pas même de letourner, il ne reste plus alors qu’un seul moyen,et c’est celui de l’incendier. On y jettera doncquelques obus, et on cherchera à prononcer lemouvement offensif au moment de la rétrogra-

dation de l’ennemi; car non-seulement lestroupes qui défendent le village intérieure-ment, mais aussi l’artillerie qui se trouve surles flancs, sont obligées, dans un moment pa-reil , à prendre une position , sinon très-éloi-gnée, du moins rétrograde, pour que l’incen-die du village ne fasse pas sauter quelquescaissons de munitions ou d’avant-trains.

Au reste, ces sortes de moyens ne doiventêtre employés que lorsqu’ils deviennent l’u-nique remède au mal; car, de celte manière,on se prive aussi d’un poste dont la possessionpeut nous être d’une grande utilité, si nousparvenons à nous en rendre maîtres.

A-t-on un fleuve à franchir ou à en défendrele passage, l’artillerie, dans des occasions pa-reilles, y jouera le rôle principal; car, pourpouvoir le faire avec une sorte de probabilitéde succès, l’artillerie devra protéger les tra-vaux de ses pontonniers, ou paralyser ceux desennemis. La force des batteries et l’intensitéde leurs feux, peuventseulesfacilitercessortesd’opérations; mais, avant tout, il faut connaîtreles vrais points de passage et ne pas se laisserinduire en erreur par de fausses attaques. Nousavons déjà vu dans l’article précédent, la posi-tion qu’on doit faire prendre à l’artillerie dansces sortes d’occasions en arrière ou près desfleuves.

Ce n’est qu’en surpassant la force des feuxdes ennemis, qu’on parvient à accorder aux pon-tonniers les moyens de frayer un passage Unefois que l’artillerie est placée, position qui estsoumise, comme nous l’avons vu, à plusieursrègles qu’il ne faut jamais enfreindre, jusqu’aumoment où le pont soit achevé, tout dépend del’artillerie, dont le rôle devient d’autant plusdifficile à remplir, qu’elle se trouve sur unerive opposée et ne peut, par conséquent, nimanœuvrer pour prendre l’ennemi en flanc etfaire usage des feux d’enfilades, ni même aug-menter à loisir la force de ses batteries, à causede l’étroite circonscription de la sphère activedans laquelle on peut les placer. Tout le feu del’artillerie devant se concentrer sur un point,et justement sur celui où on doit construire lesponts, on ne peut mettre en action qu’une cer-taine quantité de bouches à feu dont le nombreest en proportion de l’éloignement du terrainsur lequel on place les batteries, du pointsur lequel elles doivent concentrer leurs feux.