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MÉMOIRE
de son matériel (i). Et pourquoi? parce qu’ungénéral en chef qui se voit tourné sur un desflancs, et qui ne possède plus assez de moyensde résister aux intentions hostiles de son en-nemi , préfère une retraite prématurée, maisen bon ordre, au désavantage de laisser sonadversaire achever un mouvement qui est l’a-vant-coureur d’une grande défaite.
Cette retraite se fait en bon ordre, à l’ex-ception de quelques cas fortuits qui sont peufréquents (a), parce que toutes les parties del’ordre de bataille étant liées ensemble, sesoutiennent réciproquement, et peuvent dé-fendre avec vigueur le terrain qu’elles aban-donnent.
Les grandes déroutes, au contraire, sont laconséquence de la rupture du centre ( 3 ) ; onen profile pour séparer les troupes des deuxailes, et on prépare à l’armée adverse une dé-faite qui dégénère en fuite désordonnée, etplus tard en désorganisation complète.
Ces déroutes sont extrêmement rares, par laraison que l’attaque par le centre et la sépa-ration des ailes a toujours été l’écueil où ve-naient se briser les efforts des plus grandscapitaines, et la valeur des armées les mieuxdisciplinées.
Appuyons mon assertion par des exemples ;commençons par rechercher, dans les faits quenous livre l’histoire, la différence des résultatsmatériels qui existe entre les victoires rempor-tées à la suite d’un mouvement de conversion,et celles qui ont été la conséquence de larupture du centre des lignes de bataille, etfinissons par énumérer les grandes difficultésqu’engendre ce dernier genre d’attaque.
Cette différence s’étant présentée d’une ma-
( 1 ) A moins qu’on n’ait eu l’imprudence de combat-tre sur un champ de bataille, ayant un fleuve à dos, etqu’on se soit ravi tous les moyens de faire une retraitebien ordonnée, comme l’exemple que nous offre la ba-taille de Friedland.
(ï) L’opiniâtreté de Napoléon à conserver le champde bataille a été la cause de la déroute de l’arméefrançaise à Waterloo. Persuadé, comme il devait l’ê-tre, qu’il était trop faible pour résister aux efforts de30,000 hommes de troupes fraîches, qu’avait ame-nées Bulow, et qui le tournaient par sa droite,s’il s’était décidé à évacuer la position, jamais lesperles de l’armée française n’auraient pu être aussigrandes.
( 3 ) Je généralise ici le mot de centre; mais le lecteur
nière non équivoque aux batailles d’Eckmühl,de Wagram et d’Austerlitz, je m’en occuperaiexclusivement.
A la première, Napoléon ayant abandonnéaux maréchaux Bessières et Oudinot la pour-suite de l’ennemi au delà de l’Iser, se hâta derevenir, avec le reste de ses troupes, au secoursde Davoust, qui venait de s’engager avec l’ar-chiduc Charles. L’avant-garde de l’armée,formée de Wurlembergeois, attaqua les Autri-chiens près de Puchhausen , et s’empara de ceposte. Les Français se mettent en ordre de ba-taille devant ce village, et avancent vers laLaber, dans la direction de Schiepling. Le ma-réchal Lannes cherche à gagner du terrain verssa droite, fait franchir la Laber à 10 régimentsde cuirassiers, et s’avance par Schierling dansla plaine d’Eckmühl.
L’archiduc vit bien qu’il lui serait difficilede résister aux forces réunies des ennemis, etque l’opiniâtreté de conserver le champ de ba-taille l’entraînerait dans de grands malheurs.Le maréchal Lannes pouvait facilement rejeterl’armée autrichienne sur Abbach, et la couper,plus lard, de Ralisbonne, en gagnant du ter-rain et en manœuvrant par sa droite.
Le généralissime ordonne la retraite qui sefait dans la direction de Lœkepoint, et prendposition, sur la rive gauche du Pfeterbach, àFalmesing et Weichenloé. Le mouvement ré-trograde s’effectua dans le plus grand ordre etsans autre perte qu’en tués et blessés ( 4 ).
A la bataille de Wagram, l’archiduc, ayantrepoussé les tentatives de Napoléon contre lecentre de ses lignes, dirigea toute son attentionsur sa gauche, où les troupes françaises s’é-taient concentrées pour l’attaquer.
ne doit pas oublier que, sous le rapport de l’ordre debataille, le centre, ainsi que les lignes, a son flancdroit et son flanc gauche et occupe un grand espace deterrain. En désignant le centre, cela s’entend qu’on neréduit pas la question au seul point qui partage leslignes de bataille en deux parties égales. Sous le rap-port mathématique, il occupe juste le tiers de leur dé-veloppement.
( 4 ) A la suite de cette bataille, l’archiduc fut obligé,il est vrai, de livrer à son ennemi ses communicationsdirectes avec Vienne, et de cherchera atteindre la ca-pitale par un mouvement de conversion d'une très-grande étendue; mais en parler ici, ce serait vouloirconfondre les choses, et prendre delà stratégie pour dela tactique.